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Source des données : BnF Archives et manuscrits
Le Pelliot Ouïgour 8 est écrit sur un côté d'une feuille presque rectangulaire mesurant 29,8 sur 11 à 11,7 cm. Papier à vergeures, ordinaire, assez mou, de couleur beige clair ; très grosses taches jaunâtres de graisse (?) et quelques petits trous. On peut y distinguer 7 plis à des intervalles de 3,6 à 3,9 cm, coupés par un pli médian courant dans le sens de la longueur de la feuille. Les traces d'encre sur la moitié de la feuille à gauche du pli médian semblent représenter les formes inversées des mots écrits sur la moitié de droite, ce qui laisserait supposer que la feuille avait été pliée en deux avant que l'encre fût sèche.
La feuille porte une liste de 15 mots ou expressions, rangés en colonne à partir du bord de droite. L'écriture, de type ancien et de format moyen, est assez bien faite en général, malgré quelques lettres douteuses (x à la l. 3, K à la l. 10, w à la l. 12). Les lettres R et '/N sont bien distinctes, mais il n'est pas sûr que s et š ni Y et β le soient. L'orthographe semble caractérisée par une tendance à la graphie défective et notamment à la suppression quelque peu inhabituelle de certaines voyelles. Cette particularité, de même que les terminaisons en Y aux ll. 1, 2, 10, 11, et 15, dont la signification ne paraît pas évidente en turc, sont peut-être à interpréter comme autant d'indices que la liste fut notée par un Sogdien au lieu d'un Turc. Quoi qu'il en soit, je ne perçois pas de lien entre les différents composants de cette liste, dont le sens général demeure obscur.
Pelliot Ouïgour 8
1. YWŠY
yošı̊
2. X'MŠY
qamšı̊
3. 'WYRWNK XWŠ
ürüŋ quš
4. 'LTWN
altun
5. YRNYK'N/βRNYK'N
yärnigän/farn-yegän
6. LWKWN
lükün
7. 'YT SYNXWR
ı̊t sı̊ŋqur
8. KWYR'K
küräg
9. MNKW TWXDY
mäŋgü toγdı̊
10. 'YLYK Y
elligi
11. T'ŠY
tašı̊
12. TWM YwR'K
tom yüräk
13. QYŠ(=S)NK
qı̊šı̊ŋ/ qı̊šı̊ŋ
14. TWNK'
toŋa
15. TWNKLY
tuŋlı̊
sa gêne (?)
[[2]] son roseau (?)
oiseau blanc (faucon blanc ? nom de personne ?)
[[4]] or (nom de personne ?)
célibataire (?) ou Farn yegän
[[6]] lükün/lögün (?)
chien gerfaut (nom de personne ?)
[[8]] fugitif
éternel, il naquit (nom de personne ?)
[[10]] son roi (?)
sa pierre (?)
[[12]] froid (?) cœur
ton hiver (?) / déviez (?) / serrez (?)
[[14]] héros (nom de personne ?)
sa proclamation (?)
33.1 YWŠY, qui peut se lire également βWSY, pourrait représenter yoš-ı̊. Le mot yoš (yuš ?) figure chez Kā?γarī (III, p. 4.9) au sens de « serré, gêné », et en vieil osmanli (cf. TarSöz, VI, pp. 4675-6) au sens de « ébloui, gêné, incommodé » en parlant de la vue. Cf. EDPT, p. 976. La terminaison Y = ı̊, qui est également portée par quatre des autres formes de la présente liste, semble correspondre au suffixe possessif turc de la troisième personne, à moins qu'il ne s'agisse d'une terminaison étrangère, telle que, par exemple, une désinence casuelle du sogdien.
33.2 X'MŠY représente peut-être qamı̊š, « roseau », suivi d'un suffixe possessif ou casuel.
33.3 ürüŋ quš figure chez Kā?γarī (I, p. 331) au sens de « faucon blanc ».
33.4 altun, « or », est un nom de personne fréquent.
33.5 YRNYK'N, yärnigän, fait penser au mot ärngän ou äringän, « célibataire », donné chez Kā?γarī (I, p. 117). À lire βRNYK'N, cependant, on y trouve un nom de personne assez vraisemblable, comme me l'a fait observer P. Zieme, qui serait βarn- ou Farn-yegδn, composé du sogdien farn, « chance, fortune », et du turc yegän, « fils de la sœur ou de la fille ».
33.6 LWKWN, soit lükün, lügün, lökün, etc. est apparemment une forme d'origine étrangère, peut-être chinoise.
33.7 'YT SYNXWR, soit ı̊t ou ı̊t sı̊n(g)qur, est vraisemblablement un nom de personne. Sur ı̊t/it, « chien » et nom de personne, cf. mes remarques dans Turcica, VII, p. 18 ; sur sı̊ŋqur, « gerfaut » et nom de personne, cf. EDPT, p. 838 et la n. 14.15.
33.8 küräg, « fugitif, réfugié » : sur ce terme, voir la note 20.7.
33.9 MNKW TWXDY, mäŋgü toγdı̊, est sans doute un nom de personne. La graphie défective MNKW pour mäŋgü se retrouve dans le texte en caractères syriaques du sceau du XIIIe siècle que j'avais étudié dans le JA, 1972, pp. 155-170, et aurait peut-être été à l'origine de la graphie défective MNGK' pour möŋkä dans le même texte (l. 2, p. 162). Toγdı̊ est un nom de personne fréquent : cf. Le Conte bouddhique..., p. 132, et 15.10-11.
33.12 TWM pourrait représenter tom, « le froid », que je lis avec -o- à cause de toŋ, « gel » (cf. Turcica, I, p. 39). Une autre possibilité serait tum, « de couleur uniforme » (cf. EDPT, p. 503).
33.13 QYŠ(=S)N(=')K pourrait noter qı̊š(ı̊)ŋ ou qı̊s(ı̊)ŋ, mais l'identification de ces formes ne paraît pas évidente.
33.15 TWNKLY pourrait représenter une forme telle que tuŋγal ou tuŋγul, « proclamation, affiche », suivie du suffixe possessif de la troisième personne. Le mot tuŋγal ou tuŋγul n'est attesté, cependant, qu'à partir de l'époque mongole (cf. TMEN, I, § 132 ; L. Ligeti, AOHung, XIX, p. 270).
Paul Pelliot (1878-1945)
Rapporté par la mission Pelliot de 1906-1908. Entré à la BN en 1910.
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