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Full digitisation
Data Source: Persée - CIFM (Corpus des inscriptions de la France médiévale)
Fonction de l'inscription — Épitaphe d'un évêque.
Lieu de conservation — Inscription placée dans un enfeu du "bas-côté nord, à hauteur de la troisième coupole de la nef.
Support et dimensions — Pierre. Longueur du champ épigraphique de la première ligne : 165cm. Hauteur des lettres : environ 5cm.
Transcription — A ω
1. DEPOSITVM REDDES VENIENTIBVS HOSPITA ⁝ SEDIS
2. PVRIOR AVRA TVVM NESCIET OCCIDVVM
3. SVRGENT MILLE MORE QVI PRVDENS QVI BONVS ORE
4. QVANTVS CONSILIO QVIS FVIT AVXILIO
5. CVI STVDVIT VITE LIBEAT SI CVNCTA NOTARE
6. HAEC NEQVE PLANITIES SVFFICERET VE DIES
7. MORTE TER VNDENOS OCCLVSIT PRESVLIS ANNOS
8. EQVANDO REQVIEM LIBRA SIMVLQVE DIEM
9. + HIC CVM FRATRE IACET WILLELMVS EPISCOPVS ENGOLISME
10. SIVE VIVIMVS SIVE MORIMVR DOMINI SVMVS DOMINO VIVIMVS
11. ET MORIMVR. PRO EO HODIE ET CRAS DEVM ROGARE. OBIIT AVTEM
12. XII KALENDAS OCTOBRIS ANNO AB INCARNATIONE MLXXV
Traduction — Celui qui repose ici, tu le rendras à ceux qui viennent[*], ô siège hospitalier.
Un souffle plus pur ignorera ton déclin.
Des milliers se lèveront, qui aux moeurs avisées, qui au verbe sage,
Celui-ci encore qui fut grand et en aide et en conseil.
A qui a contemplé sa vie - s'il lui prenait envie de tout en rapporter -
Ni cet espace, ni ses jours ne lui suffiraient.
La Balance a clos, par la mort, trois fois onze années d'épiscopat,
Pesant à plateau égal le repos et le jours[*]
Ci-gît avec son frère, Guillaume, évêque d' Angoulême. Soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur. Nous vivons par le Seigneur
et pour lui nous mourons. Aujourd'hui et demain priez Dieu pour lui. Il mourut le 12 des calendes d'octobre (20 septembre), l'an de l'Incarnation 1075.
Remarques paléographiques — Cadre et lignes préalablement tracés. Écriture très régulière. On ne saurait faire beaucoup de remarques sur la ponctuation qui semble avoir été peu appuyée. On aperçoit encore trois points verticaux avant sedis. Liaisons de lettres assez nombreuses : par conjonctions, enclavements et même entrelacements. Onciales nombreuses : 4 D, 17 E, 2 H, 13 M, 1 T, 19 V. Le Q est souvent tracé en minuscule.
Remarques linguistiques — Les huit premières lignes du texte forment quatre distiques élégiaques, léonins, souvent à rimes riches. On remarquera que l'assonance du premier vers, entre reddes et sedis n'est pas exacte, mais le sens impose de lire sedes. Les termes d'auxilium et consilium sont ceux-là même qui servent à définir les devoirs du vassal envers son seigneur (cf. lettre de l' évêque Fulbert de Chartres au duc d'Aquitaine Guillaume le Grand [P.L., t. CXLI, col. 230]).
Sources (bibliques, liturgiques ou profanes) et formules — La seconde partie du texte inclut une citation de saint Paul : Sive vivimus, Domino vivimus, sive morimur, Domino morimur. Sive evgo vivimus, sive movimur, Domini sumus (Romains XIV, 8).
Un A et un ω, citation abrégée de l'Apocalypse (I, 8), sont gravés en tête de l'épitaphe. Les deux derniers vers de l'inscription font allusion à un signe du zodiaque : la Balance (libra) dont les plateaux assurent simultanément au prélat le repos et la fin de ses jours, et, dans le même temps, lui accordent pour l'éternité le repos et la lumière de la résurrection.
Commentaire historique et datation — L'évêque Guillaume a succédé à Gérard de Arte Mata ou de Malart sur le siège épiscopal d' Angoulême. Il était fils du comte d'Angoulême Geoffroi. Son frère Adémar, dont il est question dans la seconde partie de l'épitaphe, lui succéda sur le siège épiscopal. La vie du prélat fut assez mouvementée et il eut à guerroyer contre son frère aîné, le comte Foulque, ainsi que l'indique l'Historia pontificum[*]: Praedictus vero praesul maximas guerras habuit cum Fulcone fratre suo et cum illo militari proelio saepe conflixit. Ces luttes fréquentes n'empêchent cependant pas le chroniqueur de l'Historia de qualifier le prélat de vir sapiens et disertus. Familier du duc d'Aquitaine Gui-Geoffroi-Guillaume, l'évêque Guillaume fut trésorier de Saint-Hilaire le Grand de Poitiers. L'Historia indique ainsi sa mort : Obiit autem MLXXVI anno ab incarnatione Christi, XII kalendas octobris. Sedit annis XXXIII[*]. Il y a donc un an de différence entre la date gravée sur l'épitaphe et celle qui est indiquée par la chronique. La paléographie de l'inscription permet d'affirmer que l'épitaphe ne fut pas gravée au moment du décès de l'évêque, mais sensiblement plus tard. Il n'est pas impossible que l'on ait attendu la fin des travaux de la nouvelle cathédrale pour inscrire ce texte. Baudri de Bourgueil composa également une épitaphe pour ce même prélat.
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