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Data Source: Persée - CIFM (Corpus des inscriptions de la France médiévale)
Fonction de l'inscription — Épitaphe d'une laïque.
Lieu de conservation — Galerie lapidaire du Musée du Pilori. Cette pierre, trouvée sur l'emplacement de l'ancien cimetière de Saint-Pierre de Melle, fut donnée en 1877 au Musée de Niort par le curé de Bouin.
Support et dimensions — Pierre de 191 x 77cm à sa partie la plus large. Longueur du champ épigraphique : 169cm. Hauteur des lettres : entre 3,8 et 5,2cm.
Transcription — 1. TELLVS • SVSCIPIT TERRA COSMA • RETDITVR VMO
2. SET TV PIVS QVI RE • DEMISTI RETDE VITA DE BARA
3. TRO • EN AGNVS • DEI QVI • TOLLIT CRIMINA COS
4. MI IC REQVIESCIT • CORPVS ERMEN
5. IARDI • XI KALENDAS IVNIAS MIGRAVIT A SECVLO VI
6. VIT IN CHRISTO • QVIT LEGIST ORA
7. PRO ANIMA • ANIMA EIVS
8. REQVIESTCAT IN PA
9. CE AMEN
Traduction — Le monde accueille ce qui est terrestre, ce qui appartient au monde est rendu à la terre. Mais Toi, saint Rédempteur, fais de nouveau sortir la vie de l'abîme. Voici l'Agneau de Dieu qui enlève les crimes du monde. Ici repose le corps d'Ermengarde. Elle quitta ce siècle le 11 des calendes de juin (22 mai). Elle vit dans le Christ. Toi qui lis, prie pour son âme. Que son âme repose en paix. Amen.
Remarques paléographiques — Cadre et lignes préalablement tracés. Écriture régulière. L'espacement entre les mots est variable, une coupure particulière intervient parfois au milieu d'un mot (cor pus, Ermeniar di). Ponctuation difficile à préciser par suite de la détérioration de la pierre. On aperçoit encore çà et là un point médian. Le tilde d'abréviation de Dei est placé à l'envers. Liaisons de lettres peu nombreuses. Onciales rares : deux D, un seul E et un V. Abondance des caractères carrés : six C, deux G, six S, sept O en losange ainsi que deux Q. L'oblique gauche des V et les hastes des M sont très écartées de la verticale.
Remarques linguistiques — Très mauvais latin, mots souvent mal accordés, emploi abusif des T, tantôt inutiles (quit pour qui, legist, requiestcat), tantôt substitués à un D (retditur, retde, set). A côté de cette imperfection, on constate une recherche certaine dans le vocabulaire : emploi de termes utilisés en poésie, tel que tellus pour désigner la terre, ou de mots d'origine grecque, tels cosmos, transformé ici en cosma, ou baratrum[*].
Sources (bibliques, liturgiques ou profanes) et formules — En agnus Dei qui tollit crimina cosmi, inspiré de Jean (I, 29)[*], calque l'Agnus Dei de la liturgie en remplaçant peccata mundi par crimina cosmi. Le mot crimina se trouve dans plusieurs inscriptions carolingiennes[*], et est fréquemment employé par les poètes de cette époque. L'incipit du texte paraît s'inspirer de saint Jean (III, 31) : Qui est de terra, de terra est, et de terra loquitur, et du livre de la Genèse (III, 19) : Quia pulvis es et in pulverem reverteris.
Commentaire historique et datation — La forme Ermeniardi, dérivée de Ermengardi[*], laisse supposer un nominatif en -us, donc un nom masculin. Néanmoins, ce nom, très fréquent à l'époque carolingienne[*], n'apparaît guère qu'au féminin[*]. On peut se demander si le graveur n'a pas omis un S, car dans les documents qui intéressent la région apparaissent uniquement des Ermengardis. En octobre 950, un bail à complant de vignes sises auprès de Saint-Pierre de Melle est fait par Eble, évêque de Limoges, à Godemer et à sa femme Ermengardis[*]. En juin 966, l'abbé Ramnulfe, de Saint-Maixent, fait cession à Jammon et à sa femme Ermengardis[*]d'un moulin et de ses dépendances. Enfin, un acte du Xe s. fait état d' une donation à l'abbaye de Saint-Maixent, par Abund et sa femme Ermengardis[*].
L'étude paléographique de l'inscription incite également à attribuer au Xe s. l'épitaphe d' Ermengarde.
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