An entry point to the written heritage of the Middle Ages and the Renaissance in Western Europe, from the 8th to the 18th century.
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Data Source: BnF Archives et manuscrits
Le Pelliot Ouïgour 5 est un fragment de 30 cm de large dont la longueur varie entre 7 et 10 cm, le bord supérieur de la feuille étant déchirée irrégulièrement. Papier très ordinaire, sans vergeures, de couleur chamois. Des traces de plis, à des intervalles de 1,5 et de 2 cm, allant dans le sens de la largeur, indiquent clairement que la feuille était repliée en une bande étroite (sur l'usage ancien dans la région de replier les lettres ou les contrats, cf. Fujieda Akira, « The Tunhuang Manuscripts », I, Zinbun, n° 9, 1966, p. 29 ; et J. Hamilton, « Un Acte ouïgour de vente de terrain... », Turcica, I, 1969, pp. 26-27). Quelques grosses taches brunâtres.
Sur le fragment, écrit d'un seul côté, subsistent 6 lignes d'écriture ouïgoure d'un type relativement ancien, d'une grosseur moyenne, d'une main sans prétention. Les lettres '/N et R se confondent. On remarque aussi une tendance à ne pas lier les lettres : cf. täg-dim, y-mä, sa-β, b-itig. La coupure du verbe id- après 'Y, ı̊-, qui est particulièrement frappante, caractérise également les manuscrits SI 2 Kr 17 et SI Kr IV 256 conservés à Léningrad, que je crois être aussi des manuscrits de Touen-houang du Xe siècle (sur ces manuscrits, cf. L. Ju. Tuguševa, « Three Letters of Uighur Princes... », AO (Hung), XXIV, 1971, pp. 173-187 ; et Sir Gerard Clauson, « Two Uygur Administrative Orders », UAJ, Bd. 45, 1973, p. 215) ; et l'on retrouve encore cette graphie dans la forme 'Y DYMYZ, soit e-dimiz (ou ı̊-dtı̊mı̊z ?) du manuscrit Or. 8212 (192), l. 6 (cf. 12 plus haut). L'orthographe de tärk comme TYRK, soit terk, est inhabituelle.
Le texte représente apparemment les dernières lignes d'une lettre qu'envoie un caravanier arrivé depuis peu chez les Čungul pour des affaires, en venant sans doute de Cha-tcheou (cf. mon article « Le Pays des Tchong-yun, Čungul, ou Cumuḍa au Xe siècle », JA, 1977, p. 376).
Pelliot Ouïgour 5 recto
1. ///////////////////////SYNK'R 'YL'TW(= Y)////////////
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . sı̊ŋar ilätü . . . . . . . . . . . . . . . .
2. /////// L/ T/// '(= C)WN' PYL'K YWX TYP 'WYPKL'M' 'RXYŠ
. . . . . . . lä t ü . . . . una beläk yoq tep öpkälämä arqı̊š
3. P'RYR 'WYCWN "NYN 'S'NKW PYTYK 'Y DTM ǀ MN YM' XYDYX
barı̊r üčün anı̊n esängü bitig ı̊-dtı̊m ǀ men yemä qı̊dı̊γ-
4. X' T'KY 'S'N T'K DYM MYNY 'WYCWN PWS'N M'NK L'R CWNKWL
qa tägi esän täg-dim meni üčün busan-maŋ-lar čuŋul-
5. T'XY S'β YM' 'DKW 'RWR ǀ 'ҮŠҮМ 'WNK'Y TYRK PWLS'R
taqı̊ saβ yemδ ädgü erür ǀ išim oŋay terk bolsar
6. TYRK Y'NX'Y M'N
terk yanγay men
......... moitié (et demi de ?) mouchoir.......
[[2]]....... Dis, ne te fâche pas parce qu'il n'y a pas de cadeau. Puisqu'une caravane part, j'envoie par conséquent (cette) lettre de vœux de salut. Quant à moi, je suis arrivé en bonne [[4]] santé jusqu'à la frontière. Ne vous faites pas de soucis pour moi. Les nouvelles de chez les Čuŋul sont d'ailleurs bonnes. Si mes affaires se font (facilement) rapidement, je retournerai [[6]] rapidement.
19.1 sı̊ŋar a le sens de « moitié », en parlant notamment de pièces d'étoffe. Voir plus loin le Pelliot Ouïgour 10 (ms. 35). Cf. aussi S. Tezcan, Eski Uygurca Hsüan Tsang Biyografisi X. Bölüm, p. 101, n. 716.
19.1 'YL'Tw (= Y) est vraisemblablement pour ilätü, « mouchoir », forme qu'on rencontre dans le Or. 8212 (119), ll. 17 et 21, et dans le Or. 8212 (180) verso (cf. les 14 et 25), et qui doit être une variante de ülätü (cf. EDPT, p. 134). Autrement, je ne vois comme possibilité que ilätti, « il porta », forme donnée chez Kā?γarī.
19.2 '(=C)WN(=R)' ne pourrait, me semble-t-il, représenter autre chose que una ou ona, une sorte d'interjection pour attirer l'attention, comme « tenez, dîtes, voyez-vous, etc. » (cf. EDPT, p. 170). Il s'agit peut-être à l'origine de l'impératif du verbe una-, « admettre, agréer, accepter », au sens interjectif de « conviens-en ! ».
19.4 Sur les Čuŋul, peuple qui devait habiter au sud-ouest de Cha-tcheou entre les Nan-chan et le Lob-nor, cf. mon article « Le Pays des Tchong-yun, Čungul, et Cumuḍa au Xe siècle », JA, tome CCLXV (1977), pp. 352-379.
19.5 TYRK est sans doute pour terk, « vite, rapide », qu'on trouve généralement sous la forme T'RK our TRK, soit tärk. Terk bolsar veut sans doute dire « si (mes affaires) se font, se traitent, aboutissent rapidement ».
Paul Pelliot (1878-1945)
Rapporté par la mission Pelliot de 1906-1908. Entré à la BN en 1910.
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