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Source des données : BnF Archives et manuscrits
Le titre est orné d'un joli encadrement formé de satyres, de fruits, de fleurs et de volutes. — Le f. qui suit le titre contient une épître de CLAUDE GRUGET. « A tresillustre et tresvertueuse princesse, ma dame Jeanne, royne de Navarre ». — Les 2 autres f. lim. sont occupés par la Table.
Le numérotage des f. saute de 192 à 195, de sorte que le dernier f., qui devrait être coté 210, porte 212.
Le texte se termine au v° du f. 212 (lis. 210) par un sonnet de J. VEZOU. Les 2 f. qui complètent le volume contiennent le texte du privilège et la souscription. Le privilège, daté du 27 décembre 1558, est accordé pour dix ans au libraire parisien Gilles Gilles. Le texte même des lettres royales est intéressant à étudier : « Nostre cher et bien amé Gilles Gilles, marchand libraire, demeurant en nostre ville de Paris, Nous a faict dire et remonstrer qu'il a, avec grand fraiz, peine et labeur, recouvré et faict rediger par ordre les comptes et nouvelles autres fois mises par escrit par nostre treschére et tresamée tante la feue royne de Navarre, lequel livre ja auroit esté imprimé, mais, depuis, par mesme peine et labeur dudict suppliant, seroit accreu et augmenté de plusieurs comptes de mesme invention de ladicte dame qu'il voudroit de nouveau imprimer avec ladicte augmentation et en plus bel ordre et disposition que faict et observé n'a esté en la premiére impression dudict œuvre intitulé à present : Les Nouvelles de la royne de Navarre... ».
Marguerite d'Angoulême se rendit en 1541 à Cauterets, auprès du roi de Navarre, son mari. Ce fut probablement pendant le temps qu'elle y passa, loin des affaires sérieuses, qu'elle s'occupa de mettre en ordre les nouvelles que, d'après le témoignage de Brantôme, elle composait le plus souvent « dans sa lictiére, en allant par pays ». C'est, en effet, sur les rives du Gave, accidentellement débordé, que se réunissent les conteurs mis en scène par la docte princesse. Les incidents que Marguerite imagine pour grouper ses personnages sont du domaine de la fiction, mais ses personnages eux-mêmes sont des êtres réels, qu'il est possible de reconnaître sous des noms de guerre ou des anagrammes plus ou moins transparents. Voici la liste de ces conteurs et l'indication des nouvelles qui leur sont attribuées (nous reproduisons les identifications assez vraisemblables proposées par M. Felix Frank dans son édition de l'Heptameron) :
Oisile ou Osile [LOYSE DE SAVOIE, mère de Marguerite et de François Ier. morte en 1531] : nouvelles 17, 23, 32, 47, 51, 70.
Parlamente [MARGUERITE D'ANGOULÊME] : nouvelles 10, 13, 40, 42, 57, 64, 71.
Hircan [HENRI D'ALBRET, roi de Navarre] : nouvelles 7, 18, 30, 35, 49, 56, 69.
Geburon ou Guebron [X. DE BURYE] : nouvelles 5, 16, 22, 31, 43, 60, 65.
Symontault [FRANÇOIS DE BOURDEILLE, SEIGNEUR DE MONTAURIS, père de Brantôme] : nouvelles 1, 14, 28, 33, 45, 52, 67.
Ennasuicte [ANNE DE VIVONNE, femme de Pierre de Bourdeille] : nouvelles 4, 19, 27, 36, 48, 53, 66.
Saffredent ou Saffredant [JEAN DE MONTPEZAT] : nouvelles 3, 20, 26, 39, 41, 54, 61.
Nomerfide [FRANÇOISE DE FIMARCON, femme de Jean de Montpezat] : nouvelles 6, 11, 29, 34, 44, 55, 68.
Dagoucin [NICOLAS DANGU, fils naturel du chancelier Du Prat] : nouvelles 9, 12, 24, 37, 47, 58, 63, 72.
Longarine [AYMÉE MOTIER DE LA FAYETTE, DAME DE LONGRAY] : nouvelles 8, 15, 25, 38, 50, 59, 62.
Les nouvelles de Marguerite avaient dû être écrites pour la plupart avant 1541, et la princesse, après leur avoir donné un cadre, avait la pensée d'en former un décaméron complet ; mais elle ne dépassa pas le commencement de la VIIIe journée, et son dernier récit porte le n° 72. Ce serait méconnaître absolument le caractère de la reine de Navarre que de regarder ses nouvelles comme un recueil d'aventures licencieuses. S'il est vrai qu'elle s'exprimait avec cette liberté de langage que possédaient les plus grandes dames du XVIe siècle, elle ne s'en proposait pas moins un but moral. La reine tenait même à ce que ses histoires fussent vraies, et elles paraissent avoir effectivement, en grande partie, un fonds de vérité ; aussi l'Heptameron soulève-t-il encore bien des problèmes qui sont loin d'être résolus.
Les contes de Marguerite furent publiés pour la première fois en 1558, par Pierre Boaistuau, surnommé Launay, sous le titre d'Histoires des amans fortunés ; mais cette édition tronquée ne contient que 67 nouvelles, et Boaistuau a supprimé les arguments et la division en journées, ainsi que certains passages jugés trop hardis. Claude Gruget, qui donna en 1559 la première édition du texte revu par lui, a rétabli les divisions et les arguments, et augmenté de cinq le nombre des contes ; mais il a laissé subsister les mutilations que le premier éditeur avait fait subir au texte. De plus, il a substitué aux nouvelles XI, XLIV et XLVI de l'original, trois contes, dont il est probablement l'auteur. Les altérations dues à Boaistuau et à Gruget ont été mises en lumière par M. Le Roux de Lincy, qui a donné, en 1853, d'après les manuscrits, la première édition critique de l'Heptameron. Le travail de M. Le Roux de Lincy a été purement et simplement reproduit par ses successeurs, y compris M. Frank, qui ont parlé des manuscrits sans s'y reporter eux-mêmes et sans même en donner une indication exacte.
Il s'est glissé quelques erreurs dans la description que M. Brunet a donnée des deux premières éditions de l'Heptameron. Ces erreurs ont été relevées par un bibliographe d'une rare compétence : M. Alfred Cartier, de Genève (Bulletin du Bibliophile, 1883, 214-221, 449-451).
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