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Source des données : BnF Archives et manuscrits
Les f. lim. comprennent : le titre, une épître « Au Roy » et un Avant-Propos ou Avis au Lecteur.
Ce curieux factum nous a été gracieusement offert par le regretté M. L. POTIER, qui y a joint la note suivante :
« M. Taschereau dans son Histoire de Molière parle de l'ouvrage de Pierre Roullé, qu'il intitule Le Roy glorieux au monde. En effet, l'exemplaire de dédicace à Louis XIV, que l'on conserve à la Bibliothèque nationale et qui a été longtemps le seul connu, n'en a pas d'autre ; mais cet exemplaire ne contient pas, nous ne savons pourquoi, les 6 feuillets liminaires ; or, le texte même du livre commence à la page 1 par un titre de départ ainsi conçu : Le Roy glorieux au monde, ou Louis XIV, le plus glorieux de tous les rois du monde. Ainsi s'explique l'erreur de M. Taschereau et des bibliographes qui l'ont suivi. « L'Homme glorieux, dont le sujet est en apparence un panégyrique de Louis XIV, contient contre Molière, une violente dénonciation au roi au sujet de la comédie du Tartuffe. C'est ce pamphlet dont parle Molière dans son premier placet au roi. Nous en citerons les passages suivants qui ne mettent pas sous un beau jour le zèle charitable de ce grand homme de bien, ainsi que Molière appelle le curé de S. Barthélemy dans son placet :
« Un homme, ou plutost un demon vestu de chair et habillé en homme, et le plus signalé impie et libertin qui fut jamais dans les siécles passez, avait eu assez d'impieté et d'abomination pour faire sortir de son esprit diabolique une piéce toute preste d'estre rendue publique en la faisant monter sur le theatre, à la derision de toute l'Eglise et au mépris du caractére le plus sacré et de la fonction la plus divine, et au mépris de ce qu'il y a de plus saint dans l'Eglise, ordonné[e] du Sauveur pour la sanctification des âmes, à dessein d'en rendre l'usage ridicule, contemptible, odieux. Il meritoit par cét attentat sacrilége et impie un dernier supplice exemplaire et public, et le feu mesme, avancoureur de celuy de l'enfer, pour expier un crime si grief de léze-majesté divine, qui va à ruiner la religion catholique en blâmant et jouant sa plus religieuse et sainte pratique (p. 48-49). »
« Dans la notice bibliographique qui précède la réimpression publiée à Genève, chez J. Gay, en 1867, sous le titre de Le Roy glorieux au monde, M. Paul Lacroix dit que l'édition fut mise au pilon et supprimée avec tant de soin qu'un seul exemplaire, celui du roi, semble avoir échappé à la destruction totale ; il ajoute : « Nous n'attribuerons pas seulement au placet de Molière au roi l'ordre de police qui fit anéantir toute l'édition de ce pamphlet. Le curé de Saint-Barthélemy, en attaquant Molière, avait eu l'imprudence d'attaquer avec non moins de violence le maréchal de Turenne. On peut être sûr que le maréchal de France eut encore plus de crédit que le comédien pour obtenir la suppression du libelle. » C'est à propos de sa religion que Roullé prend à partie Turenne, qui était alors protestant. Il convient que le maréchal a bien servi le roi, son maître, en qualité de général, mais que ses succès doivent être attribués à Dieu, qui est le « conducteur des armées, et qui ordonne les batailles, qui ordonne l'avantage et la victoire à qui il veut » et qui, dans ces occasions « consideroit la justice des armes, l'interest et la gloire du roy » ; il ajoute qu'on peut dire encore pour expliquer de si glorieux succès, « aux termes de l'Evangile, que les enfans du siécle et des tenébres sont advisez et moralement sages et prudents, ou pour mieux dire fins et rusez, et plus, bien souvent, mesme que les enfants de la lumiére.
M. Potier écrivait cette note en 1870 ; on a découvert depuis lors trois autres exemplaires de l'ouvrage de Roullé : l'un, qui appartient à M. le baron de Ruble, est semblable au nôtre ; les deux autres, qui ont été acquis par M. le comte de Lignerolles et par M. le comte de Sauvage, se composent de nos 12 f. lim., de 691 p. pour l'Homme glorieux, fastidieux traité de théologie, qui ne touche en rien à Molière, et des 91 p. qui contiennent le Roy glorieux. Cette découverte prouve que Roullé avait voulu tout d'abord distiller son venin à l'abri d'un gros traité, tout au plus digne d'intéresser quelques sorbonnistes ; mais le fait de n'avoir présenté au roi que le pamphlet dirigé contre Molière et d'avoir mis en vente des exemplaires de cette partie séparée montre bien que c'était celle à laquelle l'auteur ajoutait le plus d'importance.
Une réimpression de l'Homme glorieux, beaucoup plus correcte que celle de M. Paul Lacroix, a été donnée, d'après le présent exemplaire, dans le Molière-Museum, VI (1884), 51-96.
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