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Source des données : BnF Archives et manuscrits
Le Pelliot Ouïgour 10 est écrit sur une feuille d'une largeur de 29 cm sur 11,5 cm de long, qui a été détachée en la déchirant sur une ligne droite au début mais arrachée irrégulièrement à la fin. Papier épais, à vergeures, de couleur bis, sale et froissé comme s'il avait été frotté à une substance noire. Traces de 4 plis courant dans le sens des lignes d'écriture, à des intervalles d'environ 2,6 cm, coupés perpendiculairement d'un pli médian, ainsi, semble-t-il, que d'un ou deux autres plis parallèles au pli médian.
La feuille, tronquée au début et à la fin, comporte 7 lignes d'écriture ouïgoure au recto et 1 ligne au verso. L'écriture ouïgoure, de type ancien et de format moyen, est bien lisible, nette, et régulière. Les lettres '/N et R se confondent à l'intérieur des mots. Comme particularités de l'orthographe, on peut noter la lettre ḥēth pointée (Q) dans "TLQ pour atlı̊γ à la l. 2 et dans S'TYQY pour satı̊γı̊ à la l. 4, la séparation en deux mots de qara-baš aux ll. 2 et 6, et l'omission probable d'un premier yod (Y) dans ZWNKYM à la l. 4 pour ce qui doit être züŋim ou züngim. On peut noter également l'emploi de deux points à la l. 1 et d'un blanc à la l. 7 comme ponctuation entre des phrases.
Comme dans le cas du manuscrit 34, il s'agit d'un mémoire (ödig) de comptabilité de marchandises, surtout de soieries. Le fait que le document a été replié comme une lettre avec la mention « ceci est mon mémoire » inscrite sur le dos laisse penser qu'il aurait été envoyé à Cha-tcheou d'un lieu de rédaction différent.
Pelliot Ouïgour 10
1. 'WYNKR' TWYRT 'WTWZ SYNK'R TWRXW KYRDY . . YYN'
öŋrä tört otuz sı̊ŋar torqu kirdi . . yenä
2. PYR Y'ZWQ ''TLQ XR' P'Š TWXWZ TWRXW Q' M'NKW D'
bir yazuq atlı̊γ qara-baš toquz torqu-qa mängü-dä
3. 'YKY TWRQW ''LYP K'MYŠTYM S'βYK TYR'K D'
ekki torqu alı̊p kämištim seβig tirδk-dä
4. ZWNKYM S'TYQY 'WYC YKRMY SYNK'R TWRXW LWX T'β'R 'LTYMZ
züŋim satı̊γı̊ üč yegirmi sı̊ŋar torqu-luγ taβar altı̊mı̊z
5. YYN' 'YCY PYR YYK TWRXW K'LWRDY TSWXDW Q' PYRDYMZ
yenä iči bir yig torqu kälürdi tsuγdu-qa berdimiz
6. YYN' PYR XR' P'Š 'WYNTWRDWM YYN' PYR PYŠYQ TWRXW
yenä bir qara-baš öntürdüm yenä bir bı̊šı̊γ torqu
7. K'LWRDY MWNC' T'β'R D' 'YKY YYK TWRXW KYRYWK
kälürdi munča taβar-da ekki yig torqu kiryük
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. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Verso
8. PW M'NYNK 'WYDYK 'WL
bu meniŋ ödig ol
Précédemment vingt-quatre et demie pièces de soie sont entrées. De plus, (ayant acheté) [[2]] un esclave du nom de Yazuq (« Péché ») pour neuf pièces de soie, j'ai reçu de Mängü deux pièces de soie et les ai déposées (?). De Seβig tiräk nous avons reçu comme prix de vente de [[4]] brocart des marchandises de soie au nombre de treize pièces et demie. De plus, Iči (eči, « frère aîné » ?) a apporté une pièce de soie grège. Nous l'avons donnée à Tsuγdu. De plus, j'ai fait [[6]] partir un esclave, (et) il a, de plus, apporté une pièce de soie cuite. D'autant de marchandises deux pièces de soie grège sont entrées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
[[8]] Ceci est mon mémoire.
35.3 kämištim, qui signifie généralement « jeter, rejeter, abandonner, laisser, poser » (cf. EDPT, p. 724), a peut-être ici un sens spécial de « déposer, mettre en dépôt ».
35.4 ZWNKYM est vraisemblablement à lire züŋim ou züngim comme dans le manuscrit de la version ouïgoure de la Biographie de Hiuan-tsang du Musée Guimet, fol. 18 r°, l. 21 (cf. TT VI, n. 391). Ce mot au sens de « brocart chinois » (cf. EDPT, p. 989) doit comporter le terme chinois kin 錦 *ki̭ǝm, « brocart », peut-être précédé de sieou 繡 *si̭ǝ̭u, « brocher », soit sieou-kin, *si̭ǝ̭u-ki̭ǝm, à supposer que la nasale ŋ de la forme turque puisse s'expliquer par une assimilation de la gutturale k ou g chinoise à la nasale -m finale.
25.5 TSWXDW, qui a une consonance chinoise, est probablement un nom de personne. Dans le cas contraire, on aurait pu comprendre « nous avons donné (la pièce de soie grège) pour du tsuqtu ». Or, si un mot suqtu signifiant une sorte de saucisse figure effectivement chez Kā?γarī (I, p. 416), rien ne laisse supposer qu'il ait été d'origine chinoise avec une initiale ts-.
Paul Pelliot (1878-1945)
Rapporté par la mission Pelliot de 1906-1908. Entré à la BN en 1910.
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