Paris. Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Pelliot ouigour 12

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Source des données : BnF Archives et manuscrits

  • Le manuscrit Pelliot Ouïgour 12, ancienne cote Pelliot Chinois 4637 , est sur une feuille mesurant 27 sur 21 cm, dont les bords ne sont pas très droits. Papier beige clair, à grosses vergeures, mou et de mauvaise qualité, usé, nombreux trous et quelques échancrures sur les bords supérieurs et gauches.

    Le manuscrit consiste en 12 lignes d'écriture ouïgoure, qui remplissent un seul côté de la feuille. L'écriture, de type ancien, est plutôt grosse et quelque peu négligée, aux lignes assez irrégulières ; deux ratures au milieu de la l. 6. Les lettres '/N et R se confondent totalement, sauf en finale, tandis qu'il est parfois malaisé de distinguer entre '/N et Y, et même '/N et c, '/N ou Y et W (cf. par exemple, l. 1, KWNKWL ; l. 7, X'WDY, S'LXYM ; l. 9, Y'XŠYCYY l. 10, X'MYLT ; etc.). À signaler est la façon d'écrire séparément la lettre P finale dans "YYTY P = ayı̊tı̊-p à la l. 5. On peut remarquer aussi la forme tolı̊ au lieu de tolu à la l. 3, et barsa au lieu de barsar à la l. 9. Le manuscrit est marqué de deux sceaux, à savoir un petit sceau rond à la fin des ll. 8 et 9, et à la l. 12, et un grand sceau long à la fin de la l. 12.

    Le manuscrit représente une lettre complète en 12 lignes, qui ne semble pas, toutefois, avoir été repliée pour l'expédition et qui ne porte pas d'adresse au dos. La lettre, qui n'indique pas non plus le nom de l'expéditeur, est datée du deux du huitième mois (fin août-début septembre). Elle semble avoir pour but principal d'annoncer l'envoi de 117 perles en même temps que deux lettres. Deux sceaux marqués à la fin de la lettre devaient permettre d'identifier le paquet contenant les perles. Il semble ressortir des ll. 9 et 10 de la lettre que le destinataire se trouvait à Qamı̊l, ou en tout cas avait l'occasion d'y passer, puisqu'il est prié d'y laisser une lettre s'il part en voyage. Si la lettre n'a pas été expédiée, l'expéditeur l'aurait écrite, bien entendu, à Cha-tcheou, et le destinataire a pu se trouver à Qamı̊l (= Hami, à 400 km au nord-ouest de Cha-tcheou), ou même au-delà dans la région de Qočo. Dans le cas contraire, évidemment, le destinataire se trouverait à Cha-tcheou, au moins provisoirement, tandis que l'expéditeur serait du côté de Qamı̊l.


    TEXTE

    Pelliot Ouïgour 12

    1. //CYX PYTYKYMZ Q . . // 'YR'XTYN 'WYKWŠ KWNKWL 'YDWRPYZ

    ačı̊γ bitigimiz q . . . ı̊raqtı̊n üküš köŋül ı̊dur + biz

    2. 'DKWMW 'S'NMW N'T/K SN PYZ YM' MWNT' 'DKW

    ädgü + mü esän + mü nätäg sen biz yemä munta ädgü

    3. 'S'N 'RWRPYZ — 'MTY N' 'WYKWŠ S'β 'YD'LYM TWL(=R/N)Y

    esän erür + biz — amtı̊ nä üküš saβ ı̊dalı̊m tolı̊

    4. TWYK'L YK'N PYRL' P'L'K PYTYK P'R TYDYM

    tükäl yegän birlä beläk bitig bar tedim

    5. KYN "YYTY P P'L'K PYTYK PWLM'DYM PW PYTYK

    ken ayı̊tı̊-p beläk bitig bulmadı̊m bu bitig

    6. S'KYZYNC "Y P . Z PYR 'YKY Y'NKYX' PYTYMYŠ PYTYK

    säkizinč ay biz bir ekki yaŋı̊qa bitimiš bitig

    7. 'WL X'WDY 'LKYNT' YWZ YYTY YKRMY S'L(=N)X(=LX)Y(=')M YYNCW

    ol qawdı̊ elgintä yüz yetti yegirmi salqı̊m yenčü

    8. KWYRW "L PYR PYTYK MX(='N)' SWW P'ŠY 'LKYNT' PYR

    körü al bir bitig maxa sü bašı̊ elgintä bir

    (SCEAU)

    9. PYTYK Y'XŠYC(=N)Y(=K)Y 'WRTWX 'LKYNT' SN X'YWX' P'RS'

    bitig yaqšı̊č̌ı̊ı̊ ortuq elgintä sen qayuqa barsa

    10. PYR PYTYK X'MYLT' XWD PY(=')R PYTYK M'NK'RW 'YD

    bir bitig qamı̊lta qod bir bitig mengärü ı̊d

    11. YWTY X' 'WYKWŠ KWNKWL "YYTW 'YDWRPYZ "NYN PYTYK 'YDTMZ

    yutı̊-qa üküš köŋül ayı̊tu ı̊dur + biz anı̊n bitig ı̊dtı̊mı̊z

    12. P'L'K PW T'MX' 'WYZ' KWYRW "L

    beläk bu tamγa üzä körü al (SCEAU)(SCEAU)


    TRADUCTION

    Notre lettre (au sujet) du cadeau : [à] Q.... (?), nous envoyons de loin (cette lettre) [[2]] [en demandant ? ] beaucoup de (vos ?) nouvelles. Es-tu bien ? Es-tu en bonne santé ? Comment vas-tu ? Quant à nous, ici nous sommes bien et en bonne santé.

    [[3]] Maintenant, envoyons les nouvelles aussi nombreuses soient-elles ! J'ai dit : « Il y a avec Yegän (« neveu ») des paquets et des lettres en toute plénitude (ou il y a avec Tolı̊ Tükäl yegän [[5]] des paquets et des lettres) ». Ensuite, j'ai demandé, et je n'ai pas trouvé de paquet ou de lettre.

    Cette lettre est la lettre (que nous avons) écrite le un deux du huitième mois. Des mains [[7]] de Qawdı̊, prends livraison, tout en les examinant, de cent dix-sept perles pour girandoles (pendants ou boucles d'oreille). Une lettre est aux mains du commandant d'armée Maxa [[9]] (Mahā ?), et une lettre est aux mains de Yaqšı̊čı̊ (« serrurier ») Ortuq (« partenaire »). SCEAU

    Toi, où que tu ailles, laisse une lettre à Qamı̊l, (et ?) expédie une lettre vers moi. Nous [[11]] envoyons (cette lettre) en demandant à Yutı̊ beaucoup de ses nouvelles. C'est pour cela que nous avons envoyé la lettre. Prends livraison du paquet en vérifiant d'après ce sceau :

    SCEAU SCEAU


    COMMENTAIRE

    26.1 //CYX : Il faut vraisemblablement rétablir ačı̊γ, « cadeau, faveur », devant bitigimiz, pour comprendre « notre lettre (au sujet) du cadeau ». Le nom de l'expéditeur, qui figure habituellement devant bitigimiz, fait donc défaut. Quant au nom du destinataire, il devrait normalement correspondre à la forme q..... après bitigimiz et avant ı̊raqtı̊n.

    26.1 köŋül ı̊dur biz : La formule constante dans les autres lettres est, comme à la l. 11, köŋül ayı̊tu ı̊dur biz, ce qui doit signifier « nous envoyons (cette lettre) en demandant de vos nouvelles » (cf. la n. 17.3). Il semblerait, par conséquent, que le mot ayı̊tu a été omis par erreur dans le présent passage. Autrement, il faudrait sans doute comprendre üküš köŋül ı̊dur biz comme signifiant « nous envoyons beaucoup de nos nouvelles », ce qui paraît tout de même contraire à l'esprit de l'étiquette épistolaire en vigueur chez les Ouïgours, tout en paraissant, de surcroît, mal à sa place dans le contexte.

    26.3 tolı̊ tükäl, « plein et entier », est une expression déjà attestée sous la forme tolu tükäl (cf. K. Röhrborn, Eine uig. Totenmesse, BT II, l. 1074, p. 47 ; et EDPT, p. 491, sous tolu). On peut hésiter de savoir si Tolı̊ Tükäl est à prendre ici comme un nom personnel, ou plutôt au sens propre de « plein de (paquets et de lettres) ».

    26.7 S'L(=N)X(=L)'(=Y)M doit vraisemblablement représenter salqı̊m, « grappe, girandole, pendant ou boucle d'oreille » (cf. EDPT, p. 826 ; TarSöz, V, p. 3274), bien qu'on puisse lire également sanl(ı̊)γ(ı̊)m, « ce qui m'est propre, ce qui m'appartient ».

    26.8 körü al, ici et à la l. 12, qui doit signifier « examinant prends, prends livraison en examinant ou en vérifiant », est peut-être un calque d'une expression chinoise telle que kien-ling 檢領, « examinez et recevez, examinant recevez ». Cf. la n. 25.12.

    26.8 MX(='N)' semble correspondre à M(a)xa, la forme usuelle en écriture ouïgoure du sanskrit mahā, « grand ».

    26.9 Y'XŠYC(=N)Y(=K)Y, qu'on peut lire yaqšı̊čı̊ı̊ ou yaqšı̊nki/yaqšı̊ŋı̊, est probablement pour yaqšı̊čî, « serrurier », mot attesté dans ZweiPfahl, pp. 24 et 37 (cf. U III, p. 91) et dans le Maitrisimit (cf. Ş. Tekin, Maytrisimit, p. 138, fol. 73, l. 60). Comme l'indique F. W. K. Müller dans U III, p. 91, yaqšı̊ (écrit yaxsı̊, yaqsı̊ chez Müller) est sans doute emprunté au chinois yo-che 鑰匙 (M *yak-ji̭e), « clef ».

    26.9 'WR(=N)TWX doit représenter ortuq, « partenaire, compagnon, associé, participant dans une entreprise » (cf. EDPT, p. 205 ; TMEN, II, n° 446, p. 25). Plutôt qu'un nom propre, yaqšı̊čı̊ ortuq est probablement à comprendre ici comme « le serrurier associé » ou « le partenaire du serrurier ».

Ancien possesseur

Anciennement dans

Historique de la conservation

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  • Paul Pelliot (1878-1945)


    Rapporté par la mission Pelliot de 1906-1908. Entré à la BN en 1910.

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