Paris. Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Pelliot chinois 3072

  • Titre attesté :
    • Da bo rebo luo mi duo jing 大 般 若 波 羅 蜜 多 經 trad. de Xuanzang.
  • Autre libellé du document :
    • Paris. Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Pelliot chinois 3072
    • Paris. BnF, Pelliot chinois 3072
    • Pelliot chinois 3072
  • Conservé à : Paris. Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits
  • Langues : ouïgour, chinois
  • Format :
    • 26,5 × 45cm
  • Aspects codicologiques :
    • 1 f. Pap. assez épais, à pâtehomogène, à grosses verg., chamois. Quelques taches. 26,5 × 45cm

Numérisations

Manifeste IIIF

Présentation du contenu

Source des données : BnF Archives et manuscrits

  • Le manuscrit Pelliot Chinois 3072 est un rouleau de 26,5 cm de large sur 45 cm de long, en une seule feuille. Papier assez épais, à vergeures horizontales, chamois, taches d'humidité très marquées sur toute la feuille.

    Au recto se trouve une copie d'une partie du chapitre 481 du Ta pan-jo-po-lo-mi-to king 大般若波羅蜜多經, version chinoise du Mahāprajńāpāramitā-sūtra, correspondant au n° 220, tome VII, p. 438 b, col. 4, à 438 c, col. 5, dans l'édition de Taishō du Canon bouddhique chinois. Écriture légèrement cursive ; 17 car. par col. ; régi. ; marge sup. 3,4 cm, inf. 3,2.

    Au verso, à la tête du rouleau, se trouve une impression en noir d'un sceau portant en une colonne les caractères K'ien-ming sseu ts'ang-king 乾明寺藏經, « Canon du Monastère de la Clarté Céleste ». D'après le contexte d'autres manuscrits de la grotte (cf. notamment le S. 6066 = 7603 chez Giles, Catalogue, p. 260) où figure ce nom de Monastère de la Clarté Céleste, on peut déduire qu'il était situé dans la région de Cha-tcheou (Touen-houang). Au-dessus du sceau, on lit des chiffres chinois : 481, le numéro de chapitre du sūtra au recto, et 40, 40, 9, soit 49, le numéro de l'enveloppe à laquelle devait appartenir ce chapitre, et au-dessus des chiffres le caractère cheng 剩, « résidu, restant » ; tandis que plus loin, après le texte ouïgour, on aperçoit un grand chiffre 7 tracé perpendiculairement aux autres notations chinoises.

    Le texte ouïgour au verso représente un brouillon inachevé d'une prière de confession manichéenne semblable à celles du Khwāstuānēft (cf. les éditions de A. von Le Coq, « Dr. Stein's Turkish Khuastuanift from Tun-huang », JRAS, 1911, pp. 277-314 ; W. Bang, ManBeicht ; W. B. Henning, Sogdica, pp. 63-67 ; et à présent les fragments de Léningrad cités par N. Sims-Williams, « The Sogdian fragments of Leningrad », BSOAS, XLIV, 1981, p. 239), mais qui ne correspond exactement à aucune d'entre elles. Les quatorze lignes d'écriture ouïgoure, à l'encre noire très pâle par endroits, courent avec des inclinaisons variables et comportent des intercalations (ätöz, tümän tük, et peut-être la ligne 13). L'écriture, de type plutôt ancien, est assez bonne, R et N/', comme S et Š, étant distingués, mais il y a plusieurs fautes, notamment Y'KYR' (pour Y'KYNK' ?), TWYXYNTY-M pour TWXYNTYM, 'YNM'X pour 'YNM'K et 'WYLM'X pour 'WYLM'K, de même que la surcharge dans TNKRYNK du K final sur P ou W.


    TEXTE

    Pelliot Chinois 3072 verso

    1. [...] YM'

    [...] yemä

    2. MN'ST'R XYRZ' TNKRYM 'KSWKLWK Y'ZWXLWX

    manāstār hirzā täŋrim ägsüklüg yazuqluγ

    3. PYZ · · S'QYNCYN SWYZWN XYLYNCYN TNKRY

    biz · · saqı̊nčı̊n sözün qı̊lı̊nčı̊n täŋri

    4. "YXYNK' YRLXYNK' · · PW 'WNKR'KY 'WYDT'KY

    ayγı̊ŋa yarlı̊γı̊ŋa · · bu öŋräki ödtäki

    'TWYZ

    5. Y'βL'X Y'XY X'T'XLYX 'TWYZ Š'MNW Y'KYRN(=')

    yaβlaq yaγı̊ qataqlı̊γ δtöz šamnu yäki

    6. Y'PYXY NYZβ'NY L'R X'CWX 'WNKR'KY XWRMWZT'

    yapı̊γı̊ nı̊zβanı̊-lar qačuγ φŋräki xormuzta

    7. SWNKWŠYNT' TWYXYNTY M 'NT'D' P'RW "Z

    süŋüšintä toqı̊ntı̊-m antada bärü az

    8. Y'K 'YLKYNT' "XM'X 'YNM'X 'WYLM'X

    yäk elgintä aγmaq enmaq ölmaq

    9. TWXM'X YYR SWβ 'YCYNTYN TNKRYNK(=p) TWTY

    toγmaq yer suβ ičintin täŋriŋ tuttı̊

    10. TWYM'N TWK

    tümän tük

    11. MWNC' Y'RWX KWYCY KYM TNKRY L'R

    munča yaruq küči kim täŋri-lär

    12. YM' 'WYZ'KY Y'RWX 'YL YK TNKRY L'RD'

    yemä üzäki yaruq ell-ig täŋri-lärdä

    13. MWNC' Y'RWX KWYCY KYM TNKRY L'R XWRTX'RDY

    munča yaruq küči kim täŋri-lär qurtγardı̊

    14. YM' 'WYZ'KY Y'RWX 'YL YK TNKRY L'RD'


    TRADUCTION

    Adoncques,

    [[2]] manāstār hirzā (remets mes péchés !). Mon Dieu, nous sommes fautifs et pêcheurs, par la pensée, par la parole, et par l'action, contre le commandement et contre l'ordre de Dieu.

    [[5]]Ce corps vivant comportant l'addition du Mauvais Ennemi, qui (se produisit) à un moment dans le passé, c'est les agrégats (skandha) du démon Ahriman, les passions, et les sens.

    [[7]] Je fus défait dans le combat d'Ohrmizd qui (eut lieu) auparavant. Depuis lors, dans la main du Démon de Concupiscence, monter, descendre, mourir, naître. À l'intérieur de la [[9]] Terre, Ton Dieu (m')a soutenu (saisi/tendu la main ?) — des myriades (interlinéaire) — tant de forces de Lumière que les Dieux... Adoncques, grâce aux Dieux d'en haut, Rois de la Lumière...

    [[13]] Tant de forces de Lumière que les Dieux ont sauvées. Adoncques, grâce aux Dieux d'en haut, Rois de la Lumière...


    COMMENTAIRE

    8.2 mn'st'r hyrz' signifie en parthe « remets mes péchés » (cf. W. Henning, Das Verbum des Mittelpers., p. 169 ; BBB, p. 111 ; Ghilain, Essai sur la Langue parthe, p. 48). Le turc a yazuqda bošunu ötünür, « (je) prie d'être délivré de péché », dans le Khwāstuānēft (cf. A. von Le Coq, « Dr. Stein's Turkish Khuastuanift... », ll. 37, 30, 62, 77, etc.).

    8.2 ägsüklüg au lieu de äksüklüg à cause du -g- dans le manuscrit en écriture manichéenne du Khwāstuānēft (cf. A. von Le Coq, « Dr. Stein's Turkish Khuastuanift from Tun-huang », p. 308).

    8.5 X'T'XLYX est probablement à lire qataqlı̊γ, qui serait un dérivé en -lı̊γ de qatı̊q/qataq, « ce qui est ajouté, mélangé, ajout, addition, additif » (cf. qatı̊qlı̊γ dans le ms. de K, Tιpkιbasιmι, p. 248, l. 14, lu correctement dans EDPT, p. 600), pour signifier « qui comporte une addition, un mélange ». On sait que les hommes furent formés d'un mélange d'éléments obscurs et lumineux qui a résulté de l'engloutissement d'une partie de la Lumière par les démons de l'Obscurité lors de la défaite de l'Homme Primordial au moment de la Première Évocation (cf. Puech, Le Manichéisme, pp. 77-81 ; Widengren, Mani and Manichaeism, pp. 51-59). Sur la manière dont le corps de l'homme fut constitué par le Démon, cf. Chavannes et Pelliot, Traité, pp. 523-534.

    8.6 yapı̊γ est le terme technique des textes turcs bouddhiques correspondant au sanskrit skandha, « agrégat », nom des cinq éléments constitutifs de l'être humain (cf. TT VI, n. 157 ; U III, p. 37, l. 33 ; BT I, p. 69 ; EDPT, p. 873 ; SH, pp. 126 a et 478 b ; Stchoupak, Nitti, et Renou, Dictionnaire sanskrit, p. 864). Dans le contexte présent, yapı̊yı̊, « les agrégats d'Ahriman et des démons », doit désigner, comme dans le texte d' U III, p. 37, les cinq mauvais constituants de l'être qui le « collent » à la terre : à savoir (1) forme ou matière, (2) réception ou sensation, (3) conception ou discernement, (4) impulsion ou prédisposition de l'esprit, et (5) conscience (cf. SH, p. 126 a, et p. 479 a : « the evil spirits that work through the five skandhas »). Sur la composition du corps charnel, cf. Chavannes et Pelliot, Traité, p. 539 et suiv.

    8.6 NYZβ'NY : sur ce terme sogdien signifiant « passion », cf. BBB, p. 66, n. 537.

    8.6 qačuγ est un terme technique du Bouddhisme turc correspondant au skr. viṣaya, « champs d'action, ce qui est accessible aux sens, objet de perception sensuelle » et au skr. āyatana, « résidence, organe de perception sensuelle » (cf. EDPT, p. 590 ; Stchoupak, Nitti et Renou, Dictionnaire sanskrit, pp. 681 et 120). Les six sens et leurs organes sont la vue (l'œil), l'ouïe (l'oreille), l'odorat (le nez), le goût (la langue), le toucher (corps), et la perception (esprit). Chez les Bouddhistes, les six sens sont comparés à six bêtes sauvages en captivité qui cherchent toujours à échapper, d'où, vraisemblablement, le turc qačuγ, formé sur le verbe qač-, « échapper ». Sur les six sens en Bouddhisme, voir SH, pp. 132 b, 134 a, 136 b et 137 b. Sur les six sens en Manichéisme, cf. I. Gershevitch, « The Sogdian word for 'advice' and some Muγ documents », Central Asiatic Journal, VII, 1962, pp. 80-81 (d'après N. Sims-Williams).

    8.7 az yäk, « Démon de la Concupiscence », personnifie la Matière lors de l'apparition du Troisième Envoyé (cf. Puech, Le Manichéisme, p. 80 ; Chavannes et Pelliot, Traité, p. 523, n. 3). Le mot "z, āz, « concupiscence », existe à la fois en sogdien et en moyen perse.

    8.9 täŋriŋ, « Ton Dieu », doit désigner le Sauveur, « Fils de Dieu », qu'il soit identifié à Ohrmizd ou à Jésus, qui émane du Père de la Grandeur (cf. Puech, Le Manichéisme, pp. 78 seq. ; Widengren, Mani and Manichaeism, pp. 50 seq.). Comme l'Esprit Vivant à l'intérieur des Ténèbres a tendu sa main à l'Homme Primordial, le Sauveur à l'intérieur de la Terre a tendu sa main à Adam (cf. Puech, ibid., pp. 78-82). Voir aussi K, II, p. 292, où ol maŋa elig tuttı̊ veut dire « il s'est porté garant pour moi », c.-à-d. littéralement « il m'a tendu la main ».

    8.11 yaruq küči, « forces de la Lumière », désigne sans doute les parcelles de Lumière que sont les âmes des morts que le Sauveur fait remonter par la Colonne de Lumière jusqu'au Paradis.

    Cf. notamment Puech, ibid., p. 83. Il semblerait également possible d'interpréter différemment notre texte pour comprendre : « À l'intérieur de la Terre, Ton Dieu a saisi (des myriades) tant de forces lumineuses que les Dieux ont sauvées ».

    8.12 et 14 yemä üzäki yaruq ellig täŋrilärdä : Il doit s'agir des quatre Dieux, Rois de la Lumière, qui sont également mentionnés dans les mss. 5, ll. 47-49, et 9, ll. 1-4. Cf. la note 5.48.

Parties du manuscrit

BnF Archives et manuscrits

Autres intervenants

Ancien possesseur

Anciennement dans

Historique de la conservation

Source des données : BnF Archives et manuscrits

  • Paul Pelliot (1878-1945)


    Rapporté par la mission Pelliot de 1906-1908. Entré à la BN en 1910.

Sources des données