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Source des données : BnF Archives et manuscrits
Le ms. est dédié à Daniele Fabro Argentario, qui, dans l’épître dédicatoire, est célébré de cette façon : « con tua artificiosa mano, tu ogni precioso metallo conduci figurato e dipinto, quale ne l’antiquo saeculo Zeusi con suoi penelli faceva » (f. 7v). Feliciano se préoccupe aussi d’ajouter en marge sup. la note « Parasium vinces tabulis vincesque cavandis Pyrgotholem gemmis Mentoraque in patheris », relevée par la manicula. Mardersteig a identifié Daniele Fabro Argentario avec Daniele de Venise, qui fut probablement un orfèvre, comme suggèrent l’éloge de la dédicace et les épithètes « Fabro » et « Argentario ». Au début des études sur Feliciano, Giuseppe Fiocco a défini l’Antiquario “ami” des artistes de son temps, en particulier de ceux du milieu vénitien, comme son recueil épistolaire apprêté pendant le séjour en Lagune en 1473-1474 (Vérone, Biblioteca Civica, 3039), témoigne, avec ses lettres aux peintres Giovanni Bellini e Marco Zoppo ; l’auteur pourrait avoir connu Daniele à cette occasion et les deux mss pourraient être les fils de la même saison créative vénitienne. Si le dédicataire était vraiment un orfèvre, on ne peut pas exclure qu’il pourrait avoir réalisé la reliure du ms., en s’appuyant sur l’atelier Penci (cf. supra). Un certain Daniele de Venise, orfèvre lui aussi, est nommé dans l’Inscriptionum libellus, un recueil d’adresses épistolaires imprimé à la fin du XVe s. et élaboré au sein du cercle d’humanistes dirigé par le patron romain Francesco Porcari, à qui l’oeuvre livresque est dediée: parmi les noms indicatifs de professions, l’adresse « Ad magistros gemmarum. Peritissimo et eximio viro Danieli de Venetiis lapillorum cognitori amico honorando » (incunables Rome, Biblioteca Vaticana, Pal. lat. 1799, f. 47v et Stamp. Ross. 444, f. 18r) se réfère à Daniele de Venise, qui a fréquenté le cénacle de Porcari, tout comme Felice Feliciano à la fin de sa vie (1478-79) : il faut penser alors au même Daniele dédicataire du ms. parisien et à une amitié née à Venise et renforcée à Rome. 30 rimes transmises (f. 1r-v, 2r, 40r-v vides, sauf pour certains traits de plume) : 28 sonnets, 1 chanson désespérée, 1 chapitre en troisième rime ; les parties en prose sont la dédicace initiale et celle à la chanson (f. 4r-8r, f. 19v-21v). Contenu disposé selon un parcours émotionnel de la joie à la désespoir, scandé par trois rubriques : f. 11v « TEMPUS RIDENDI » ; f. 14v « QUI COMINZA A VOLTARSI IN SINISTRO LA FORTUNA » ; f. 17v « TEMPUS PLORANDI » ; cohésion du recueil assurée par le fait qu’elle s’ouvre et termine avec des sonnets en l’honneur de Daniele. En l’absence d’une édition critique des rimes de Feliciano, il s’agit du témoin unique pour 16 rimes ; mais les numéros 8, 9, 12, 14, 16, 17, 18, 20, 21, 22, 23, 26 sont transmis aussi par le ms. Cambridge (Mass.), Harvard University, Houghton Library, Typ. 157 ; les numéros 16, 17, 19 et partiellement le numéro 1, par les mss Londres, British Library, Harley MS 5271 et Brescia, Biblioteca Queriniana, C.II.14 ; les numéros 1, 19 aussi, par le Oxford, Bodleian Library, MS Canon. Ital. 15 ; enfin, les numéros 14, 24, 25, par le ms. Venise, Biblioteca Marciana, It. IX 257.
1) F. 4r-8r: dédicace à Daniele Fabro Argentario, inc. « Desiderio presti favore… », expl. « …amicicia uberrimo fructo ». 2) F. 8v: sonnet Da Calpe, Olimpo, Arab. Ida et aboro. 3) F. 9r: son. Corsemi al cuor un sì sfrenato ardore (Pratilli p. 88). 4) F. 9v: son. Lievami omai del cuor la tua tempesta. 5) F. 10r: son. Beato aventuroso e divo albergo. 6) F. 10v: son. Io mi guardo de dir quel ch’io non dissi (Pratilli p. 89). 7) F. 11r: son. Se Marco Antonio si mostrò crudele. 8) F. 11v: son. Più sereno che Iove in signo oblico. 9) F. 12r: son. Casto Unicornio che ripossi el fronte (éd. Carrai p. 187). 10) F. 12v: son. Non hebbe tal piacer né agual contento. 11) F. 13r: son. Non è minor l’amor ben ch’io nol mostri. 12) F. 13v: son. Il nardo e cynamomo de Levante (éd. Carrai p. 189). 13) F. 14r: son. caudé Amor mai non ligò Didon di Enea. 14) F. 14v: son. Veggio per mia fortuna acerba e dura. 15) F. 15r: son. Languido spirto mio doglioso e mesto. 16) F. 15v: son. Vinse Cupido el sol chol suo stral d’oro. 17) F. 16r: son. Chiunque tu sei che pensi de amorbare (Pratilli p. 89). 18) F. 16v: son. caudé Non posso più dormire né far la guardia. 19) F. 17r: son. Non è sì acuto il tosco de serpenti. 20) F. 17v: son. Per quanto volgie il mare cielo e terra (éd. Carrai p. 186). 21) F. 18r: son. Non già per rinfrescar l’antica guerra (éd. Carrai p. 186). 22) F. 18v: son. Ogni beltà e virtù fue spinta al fondo (éd. Carrai p. 185). 23) F. 19r: son. O Dio che per gran doglia io mi confondo (éd. Carrai p. 185). 24) F. 19v-21v: dédicace à Ottavio Fanestre, inc. « Se Pharates re de Parthi puose… », expl. « …orechie al tristo suono ». 25) F. 22r-32r: chanson déséspérée L’horrido canto anzi tristicia e pena. 26) F. 32v: son. Una Cyrce crudel m’ha posto un freno. 27) F. 33r: son. Peggio che porco son s’io tel consento. 28) F. 33v: son. S’io lasso il vero amor pel falso e finto. 29) F. 34r: son. Doppo stanco nochier non giunse a riva. 30) F. 34r-38r: chapitre en troisième rime Più veloce che cervo o nissun pardo. 31) F. 38r: son. Indico papagal che mi rassembri. 32) F. 40r: son. De Pythia tacia e di Damon Valerio.
En 1940, Laura Pratilli a proposé de dater le ms. de 1475, parce qu’elle voit des correspondances avec le ms. autographe Vérone, Biblioteca Civica, 3039, qui transmet des épîtres datées 1474-1475 : les deux mss sont écrits avec la même encre bleue ; de plus, ils se rapprochent pour la même filigrane (Briquet, n° 11659, de 1474). En 1960, aussi Giovanni Mardersteig a proposé de dater la rédaction du ms. Italien 1029 à la même période de la rédaction du ms. 3039. En 1995, Stefano Carrai a déduit l’antériorité du ms. autographe Cambridge (Mass.), Harvard University, Houghton Library, Typ. 157, daté d’environ 1471-1472, par rapport à l’exemplaire parisien en examinant la transposition d’un échange des sonnets entre Felice Feliciano e le poète Giovanni Testa Cillenio dans les deux mss qui le transmettent.
Le ms. est bien conservé, malgré la perte du f. 3 contenant l’incipit de la dédicace ; certains feuillets sont lacunaires dans les marges (f. 15, 16, 19, 20, 28, 29). 21 ff. sur 40, plus les gardes et les contregardes, abîmés à cause d’annotations de lecteurs du XVIe-XVIIe siècles. Certains ont une valeur intellectuelle, comme les conjurations à la fin de la chanson « data apud centrum terrae in Plutonis palacio doloroso » (f. 32r), mais la plupart de notes sont des essais de plume sans signification ; c’est surtout une main du début du XVIIe s. qui tache les pages avec des gribouillages à l’encre noire ; parmi ces annotations trois noms de personne paraissent (Iacopo Broccoli et Antonio son fils, Mario Bascellanosic). Le fait que les interventions posthumes sont circonscrites aux XVIe-XVIIe siècles est cohérent avec l’histoire successive du ms., qui, au milieu du XVIIe s., entre dans la bibliothèque parisienne du cardinal Mazarin, à la suite des recherches bibliophiles effectuées en Italie par le secrétaire du cardinal, Gabriel Naudé, en 1645-1646. Le ms. est enregistré sous le numéro « 534 » dans l’inventaire des manuscrits et des imprimés du cardinal daté de 1661-1662 (BnF, NAF 5763, f. 170r).En 1668, il est acheté avec les autres mss de Mazarin par la Bibliothèque royale ; Nicolas Clément rédige en 1682 le Catalogus librorum manuscriptorum Bibliothecae regiae, où le ms. reçoit la cote « Regius 7789 » (cf. f. 4r et Omont, Anciens inv., p. 55).Au f. 2v, sous la frise initiale, le tard croquis du lis de France (XVIIIe s.) confirme la prise en charge française du ms.
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