Point d'entrée sur le patrimoine écrit du Moyen Âge et de la Renaissance en Occident du VIIIe au XVIIIe siècle
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Source des données : BnF Archives et manuscrits
Le manuscrit Londres. British Library Or. 8212 (116), ancienne cote Ch. 00283, et le Pelliot Chinois 2969 représentent en fait deux feuilles, décollées l'une de l'autre, en provenance d'un même rouleau. Le rouleau ayant eu 25 cm de large, la première feuille, correspondant à l'Or. 8212 (116), mesure au maximum 46 cm de long, étant déchirée en biais au début ; tandis que la seconde feuille, correspondant au Pelliot Chinois 2969, mesure 26 cm de long, étant déchirée à la fin. Papier assez fin, sans vergeures, jaune foncé. Sur le Or. 8212 (116), taches d'humidité très marquées, quelques fentes et échancrures.
Au recto se trouve une copie incomplète au début et à la fin du Kin kang pan jo po lo mi king 金剛般若玻羅蜜經 ou Vajracchedikā-prajñāparāmitā-sūtra, trad. Kumārajīva, correspondant dans l'édition de Taishō au n° 235, tome VIII, pp. 750 c, col. 21, à 751 a, col. 21, pour ce qui est de l'Or. 8212 (116), et pp. 751 a, col. 21, à 751 b, col. 9, pour ce qui est du Pelliot Chinois 2969. Bonne écriture, 17 car. par colonne. Réglures, marges de 2,8 cm.
Au verso de l'Or. 8212 (116) il y a trois textes de 3, 6, et 5 ll., soit 14 ll. au total, chaque texte étant séparé du texte suivant par un trait. Au verso de Pelliot Chinois 2969 il y a également trois textes, soit 11 ll. au total, dont le premier est une répétition du deuxième texte de l'Or. 8212 (116). L'écriture bien noire, de type ancien, est grosse, irrégulière et peu habile. Les différentes lettres sont écrites, en général, d'une manière assez distincte, bien que certaines lettres apparaissent comme gâtées ou en tout cas difficiles à reconnaître (cf. ll. 5, 10, 13, 3', et 5'). L'orthographe ne présente pas de particularités notables, si l'on excepte une tendance très erratique à l'omission de voyelles.
Le premier texte de l'Or. 8212 (116) est un début en 3 ll. d'une lettre d'un khan ouïgour. Le deuxième texte est un proverbe, ou plutôt, semble-t-il, un genre d'énigme dans laquelle le faucon et ses neufs petits seraient peut-être à identifier avec des tribus de la confédération des Ouïgours. Le troisième texte est un début de lettre provenant de cinq dames au titre de täŋrim. Alors que le premier texte du Pelliot Chinois 2969 est une répétition du deuxième texte de l'Or. 8212 (116), le deuxième texte du Pelliot Chinois 2969 est un proverbe relatif aux petits des hommes et des canards, et le troisième texte, incomplet en 2 ll., semble être d'inspiration manichéenne.
D'autre part, au niveau des ll. 4' et 5' du Pelliot Chinois 2969, il y a deux courtes lignes d'écriture tibétaine, sans doute antérieures au texte ouïgour, qui feraient allusion aux Trois Joyaux (bkon-mchag gsum-la... ?).
Or. 8212 (116) verso
1. TNKRY 'YLYK 'WYXWR X'///
täŋri ellig uyγur xan . .
2. YRLXMZ 'YR'XT'N 'YSNW 'MRNW
yarlı̊γı̊mı̊z ı̊raqtan isinü amranu
3. KWNKWL "YTW 'YDR PYZ
köŋül ayı̊tu ı̊dur biz
——————————————————-
4. YM' S'βD' P'R TWX'N XWŠ
yemä saβda bar toγan quš
5. 'WXLY TWXWZ PWLR TWXWZ(= N)YZ(=N)
oγlı̊ toquz bolur toquzı̊n
6. PYR TWXWN PWLWR TWX'NY
bir tuγun bolur toγanı̊
7. 'WYCWN TWTX'N PWLWR
üčün tutγan bolur
8. X'DRY 'WYCWN X'PX'N
qad(ı̊)rı̊ üčün qapγan
9. PWLWR
bolur
10. YM'R'N TNKRY M XWCLWX TNKR Y M
yamaran täŋri-m qočluγ täŋri-m
11. SWKTY TNKRY M C'C'K TNKRY M
sogti täŋri-m čäčäk täŋri-m
12. YWC'NK TNKRY M 'S'NKW YRLXMZ
yučaŋ täŋri-m esängü yarlı̊γı̊mı̊z
13. 'YR'X YYRD'N Y'XWX KWKRNRN(= ')
ı̊raq yerdän yaγuq köŋrnrn
14. 'YSNW 'MRNW 'YDWR PYZ
isinü amranu ı̊dur biz
Pelliot Chinois 2969 verso
1'. YM' S'βD' P'R TWX'NY
yemä saβda bar toγanı̊
2'. YM' S'βD' P'R TWX'N XWŠ
3'. 'WXLY TWXWZ PWLWR TWXWZZ(= N)
oγlı̊ toquz bolur toquz . .
4'. PYR TWXWN PWLWR TWX'NY
5'. 'WYCWN TWTX'N PWLWR X'DYR Y
üčün tutγan bolur qadı̊r-ı̊
6'. 'WYCWN X'PX'N PWLWR P'KL'R
üčün qapγan bolur bäglär
7'. 'WXLY TWX' PYLK' PWLWR
oγlı̊ toγa bilgä bolur
8'. 'WYRT'K 'WXLY TWX' SWβW/
örtäk oγlı̊ toγa suβuγ
9'. PWLWR
bulur
10'. S'NSYZ TWYM'N YYL PWLTY
sansı̊z tümän yı̊l boltı̊
11'. M'NKYKW TNKRY YYR Y'β'///
mäŋigü täŋri yer yaβa . . .
Ordre de nous, souverain céleste, khan ouïgour : De loin nous envoyons (cette missive) [[2]] avec des sentiments chaleureux et affectueux, en demandant de vos nouvelles.
Adonc, dans les proverbes il y a : La progéniture de l'oiseau faucon est (au nombre de) [[6]] neuf. Parmi les neuf (?) il y a un faucon blanc (?). Parce qu'il est faucon, il est très rapace ; parce qu'il est féroce, il est très prédateur.
[[10]] Ordre (exprimant) des vœux de salut de nous, Yamaran täŋrim, Qočluγ täŋrim, Sogti täŋrim, Čäčäk täŋrim, et Yučaŋ täŋrim. D'un lieu lointain avec un cœur proche, nous envoyons (cet [[14]] ordre) avec des sentiments chaleureux et affectueux.
Adonc, dans les proverbes il y a : son faucon
[[2']] Adonc, dans les proverbes il y a : La progéniture de l'oiseau faucon est (au nombre de) neuf. Parmi les neuf (?) il y a un faucon blanc (?). Parce qu'il est faucon, il est très rapace ; [[6']] parce qu'il est féroce, il est très prédateur.
Les enfants des seigneurs, de par leur naissance, sont savants ; les petits des canards, de [[8']] par leur naissance, trouvent l'eau.
Il s'est passé des myriades d'années sans nombre. La terre des dieux éternels (est ?)
[[11']] paisible..
17.3 köŋül ayı̊tu, « demandant des nouvelles (de quelqu'un) », est une formule épistolaire dans laquelle köŋül, proprement « cœur, esprit, sentiment », doit désigner d'une manière plus générale l'état physique et morale d'une personne. À propos de cette formule, voir S. Tezcan et P. Zieme, « Uigurische Brieffragmente », Studia Turcica, Bibliotheca Orientalis Hungarica, XVII, Budapest 1971, p. 454.
17.5 TWXWZ (= N)YZ(= N), de même que TWXWZZ (=N) à la l. 3', m'apparaît comme une graphie défectueuse dont l'interprétation reste problématique. J'ai songé à restituer toquzı̊nta, « dans, parmi les neuf ».
17.6 TWXWN ici et à la l. 4' ne semble correspondre à aucune forme connue. Peut-être faudrait-il songer à une faute, ou même à une variante, pour tuyγun, nom d'un genre de faucon blanc servant aussi à désigner l'albinos. Sur ce terme, voir TMEN, II, n° 1003. A. von Le Coq, « Bemerkungen zur türkischen Falknerei. Nachtrag », Baessler-Archiv, VI-3, 1917, p. 115, indique que le tuyγun, qu'il décrit comme un autour blanc, était particulièrement prisé au Turkestan oriental. Par ailleurs, on sait qu'en 933 une paire de faucons blancs fut offerte par le khan yaγlaqar des Ouοgours de Kan-tcheou à l'empereur Ming-tsong des T'ang postérieurs, qui donna l'ordre d'ôter leurs liens et de les relâcher (cf. mon ouvrage Les Ouïgours à l'époque des Cinq Dynasties..., pp. 76 et 93). En fait, il semble bien que le faucon ait été le totem des Ouïgours, comme je l'ai expliqué dans la note 15.3-5 ci-dessus, et, par conséquent, le symbole de leur État. On peut donc se demander si les neuf rejetons du faucon de notre texte ne seraient pas à identifier avec les Toquz-Oγuz ou « Neuf Tribus » dominιes par les Ouïgours, soit encore avec les neuf clans des On-Uyγur ou « Dix Ouοgours » que dominait le clan royal des Yaγlaqar. Je ne vois pas clairement, cependant, à quoi devait correspondre le « faucon blanc », sinon au clan royal des Yaγlaqar, ni sa relation avec le faucon noirβtre et le faucon grisâtre dont il est question dan le 15.3-5.
17.7 tutγan et qapγan à la l. 8 sont des participes présents formés au moyen du suffixe -γan, qui comporterait d'après Kā?γarī (I, p. 24 ; II, pp. 53 et 296) une nuance d'itératif ou d'intensif. On sait que Qapγan ιtait le nom donné à Mo-tch'o qaγan des T'ou-kiue dans les inscriptions turques runiformes (cf. T. Tekin, A Grammar of Orkhon Turkic, pp. 112 et 341).
17.10 YM'R'N n'est pas identifié. On connaît une YM'R xatun dans le Maḥrnâmag, l. 149, dont le nom serait peut-être d'origine iranienne. Il existe également un verbe sogdien yβ'r-, « prendre soin de », susceptible sans doute de recevoir le suffixe -'n formant des noms d'action et des participes présents (cf. GMS, § 220 et § 1032-33). Par ailleurs, je relève Yamar, nom de la rivière Obi chez Kā?γarī (I, pp. 30.12 et 79.21 ; II, p. 6.1 ; et III, p. 28), ainsi que imräm, « rassemblement public », chez le même auteur (cf. ibid., I, pp. 88.2 et 107.23).
17.10 XWCLWX, soit Qočluγ, apparaξt comme un dérivé en -luγ de qoč, « bélier » (sur ce terme, cf. TMEN, III, n° 1550).
17.11 SWKTY n'est pas identifié. Peut-être notre SWKTY pourrait-il correspondre à une forme du nom des Sogdiens (cf. W. B. Henning, Sogdica, p. 9, n° 7).
17.12 YWČ'NK a l'air d'un nom chinois.
17.12 esängü yarlı̊γı̊mı̊z : Sur cette expression, cf. la n. 5.81.
17.13 yaγuq kφŋrnrn est une faute pour yaγuq kφŋlin, « avec un cœur proche », expression bien connue dans les lettres ouïgoures. Cf. par exemple S. Tezcan et P. Zieme, « Uigurische Brief-fragmente », Studia Turcica, p. 458.
17.7' toγa, gérondif du verbe toγ-, « naître », semble avoir un sens spécial « de par la naissance », en plus du sens ordinaire « en naissant ». C'est bien ce sens-là, d'ailleurs, qui vaut également pour la plupart des exemples cités dans la n. LXVII. 3 du Conte, p. 87.
17.7' PYLK' PWLWR, bilgä bolur, « ils sont savants », est peut-être une faute pour PYLYKYK PWLWR, biligig bulur, « ils trouvent le savoir », construction que semble appeler suβuγ bulur, « ils trouvent l'eau ». Je relève un proverbe azerbaïdjanais quelque peu semblable : Quš qanadı̊ ilä, insan biliyi ilä, « L'oiseau avec son aile, l'homme avec son savoir » (cf. Ayhan Göksan, « Türk Dünyasi Atasözleri », Reşid Rahmeti Arat için, Ankara 1966, p. 256, n° 147).
17.10' sansı̊z tümän yı̊l boltı̊ se retrouve textuellement dans un manuscrit manichéen de Qočo édité dans M I, p. 10.4-5.
17.11' YYR Y'(= N)β'/// se lit apparemment yer yaβa..., yaβa... étant peut-être à compléter en yaβa?, « doux, paisible ». Pourtant, étant donné que yer comporte normalement le suffixe possessif -i après täŋri, on aurait pu songer à lire yer-inβδ si une telle forme ne paraissait pas aussi invraisemblable.
Paul Pelliot (1878-1945)
Rapporté par la mission Pelliot de 1906-1908. Entré à la BN en 1910.
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