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Manifeste IIIF
Source des données : Persée - CIFM (Corpus des inscriptions de la France médiévale)
Fonction de l'inscription - Inscription gravée sur un devant d'autel (?).
Lieu de conservation - Deux pierres conservées dans les fonts baptismaux de l'église. En 1863 elles se trouvaient dans la crypte. On ignore leur destination primitive.
Support et dimensions - Fragments de 80 x 56cm et de 73 x 38cm.
Transcription, Traduction - Sur la pierre placée en haut et à gauche (G 1) :
1. C R
2. V X
3. TI VE
4. BI PRO XILL
5. POSIT VM V
6. A CVN .. V
7. C.. R .CR
8. VM P VX ES
9. LENA T .ER
10. BONO VM QV
11. RVM E. SIGI
soit : Crux tibi proposita cunc[to]rum plena bonorum
Vexillum v[er]v[m] crvx est [v]erumque sigi[llum.]
La croix qui t'est proposée est pleine de tous les biens.
La croix est le véritable étendard et le vrai sceau.
Sur la pierre placée au haut et à droite (D, 1 ) :
1 . ............
2. ............
3. ............
4. ............
5. ......... ICO
6. ........ SCIS
7. AR ..........
8. SVORVM
9. T. LLA. CE..
10. TES. HV.....
11. A. E........
Texte trop dégradé pour que l'on puisse proposer une restitution même partielle.
Sur la pierre placée en bas et à gauche (G 2) :
1. ECCE
2. PATER
3. NOSTER
4. ORTAMVR
5. DICERE
6. VESTER
7. SET. .IA
8. .ESTRIS
9. PRECIBVS
10. QVO.....
11 .. TAM
12. SPIRITVS
13. SV..S ET IN
14. PACE. QVIES
15. CAT. AMEN
Soit : Ecce pater noster ortamur dicere vester....
[v]estris precibus quo.... tam spiritus su...
et in pace quiescat. Amen.
Voici notre père, nous vous exhortons à le dire vôtre...
et qu'il repose en paix. Amen.
Sur la pierre placée en bas et à droite (D 2) :
3. FV PER
4. GAT OME CRVCI
5. A. S HOC
6. VM CR SIGNV
7. VX EST M FVGI
8. REPAR T PROCVL
9. ACIO RE OMNE M
10. RVM ALIGNVM
Soit : crux fugat om[n]e [m]a[l]um crux est reparacio rerum
Per crucis hoc signum fugit procul omne malignum.
La croix met en fuite tout mal, la croix est le renouvellement
des choses. Par le signe de la croix toute malignité s'enfuit.
Remarques paléographiques - La disposition du texte n'est pas la même sur les quatre parties de cet ensemble. Les deux textes qui portent gravé à leur partie supérieure le mot crux (G 1 et D 2) sont divisés en deux registres parallèles, comme deux colonnes d'une même page. Ils étaient certainement séparés par une grande croix dont la traverse horizontale était située sous les quatre lettres de crux. Les deux autres textes (G 2 et D 1) se lisent normalement, chacune des lignes occupant toute la largeur de la pierre. Il semblerait, si l'on regarde attentivement les parties épargnées, que chaque mot ait été séparé par un point médian. Les lettres onciales, encore peu variées, sont cependant sensiblement plus abondantes que sur les inscriptions des autels. La plupart des E et des M sont onciaux. On constate l'absence de C carrés.
Remarques linguistiques - L'ensemble de ces quatre textes comporte, pour les deux qui sont marqués par une croix (G 1 et D 2), deux hexamètres léonins ; un autre héxamètre léonin est certain pour la première partie du troisième texte (G 2), le dernier (D 1) ne permettant pas une étude. Dans le texte cité en D 2 il y a même rime entre les deux hémistiches et les deux finales.
Les restitutions proposées tiennent à la fois compte de la métrique et des espaces disponibles. Ainsi, pour le second des deux vers cités en G 1 il manque après vexillum une syllabe longue (ou deux brèves), suivie d'une longue, initiale du pied suivant. L'épithète verum donne toute satisfaction puisque, répondant aux exigences de la métrique elle correspond aux deux V que l'on aperçoit tracés sur la pierre. A la fin de ce même vers il manque une syllabe longue. Le nom sigillum est amené à la fois par le contexte et la métrique, puisque le mot à rechercher doit avoir un premier I bref, le cinquième pied d'un hexamètre étant obligatoirement constitué par un dactyle. De même, dans le second des vers cités en D 2 il manque une brève après omne, ce qui entraîne la restitution malum.
Sources (bibliques, liturgiques ou profanes) et formules - Plusieurs des vers gravés sur ce texte se rapportent à la croix et semblent issus d'un hymnaire. Ce thème, dont on trouve trace dès les premières inscriptions chrétiennes, s'est considérablement développé par la suite pour aboutir à de véritables formules aux époques romane et
gothique. On trouve des textes très proches, voire identiques, au vers : "Per crucis hoc signum fugit procul omne malignum" chez Hildebert de Lavardin, Reinier, moine de Saint-Laurent de Liège, ainsi que sur des manuscrits du XIVe ou du XVe s. conservés à la Bibliothèque nationale de Paris ou à celle de Vienne. Ce même vers figure également dans une antienne de la croix et est gravé sur deux bâtons pastoraux du XIIIe s., ainsi que sur une cloche de la même époque[*].
Commentaire historique et datation - On ne possède aucun renseignement sur la destination de cette inscription. L'examen des fragments permet de supposer qu'ils étaient primitivement placés côte à côte, les deux pierres célébrant la croix se trouvant à chacune des extrémités, les deux autres textes étant encadrés par les sculptures. La longueur totale de ces fragments ainsi mis bout à bout atteint 163cm, ce qui pourrait représenter environ 170cm, si l'on supplée la bordure gauche de la pierre, aujourd'hui détruite. Cette longueur correspond à peu près à celle des autels conservés. A partir de cette constatation on serait tenté de penser que la pierre appartenait à l'origine à un devant d'autel, peut-être même d'un autel dédié à la croix. En tout état de cause il ne saurait s'agir que d'une simple hypothèse, d'autant que les textes qui auraient formé la partie centrale sont aujourd'hui trop ruinés pour que l'on puisse en tirer parti. En outre, l'un d'eux pourrait faire songer à une épitaphe en raison du "Et in pace quiescat" encore parfaitement visible[*].
Ces inscriptions peuvent vraisemblablement être attribuées au XIIe s.
Ces références bibliographiques ont fait l'objet d'un traitement et disposent le cas échéant de liens vers des versions en ligne.
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