An entry point to the written heritage of the Middle Ages and the Renaissance in Western Europe, from the 8th to the 18th century.
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Biblissima+ Identifier: https://data.biblissima.fr/entity/Q324063
Data Source: BnF Archives et manuscrits
Pelliot Chinois 2988 verso
1. YM' 'YL 'WTK'N... L ////////
yemä el ötükän . . . l . . . . . . . .
2. 'YNTRY PYZ 'KWN TWRWMYŠT' XR'
entiri biz ekkün törümištä qara
3. PWRYT 'WRR'N TWK T' X'RL'X
bulı̊t örlän-tük-tä qaralaγ
4. TWX'N TWPYN T' PWYZ PWRYT 'WYRR'N
toγan tόpin-tä boz bulı̊t örlän-
5. TWK T' PWYZLWX TWX"N TWPYN
tük-tä bοzluγ toγan tόpin(tä)
6. 'YLKY 'WYKWMWZ 'YTMYŠ Y'XRW X'MX WN
ilki ögümüz etmiš yaγru qamaγun
7. Y'R'TMYŠ TNKRY T'βX'C X'N TNKRY
yaratmı̊š täŋri taβγač xan täŋri
8. 'WXWR X'N YR(=')LXNK' M'N Y'R'MYŠ 'YNNC
uyγur xan yarlı̊γı̊ŋa men yaramı̊š ı̊nanč
9. TWTWX P'ŠYN 'WL'TY M'WK' T'YRYK
totoq bašı̊n ulatı̊ m'wk' tiräk
10. 'WRWX SNKWN MN(=')Y'X CWR YWXN'N T'KYN TWX
uluγ saŋun manyaq čor yoxnan tegin toγ-
11. DY XP'Q "P' YK'N PWNYXNY XP'Q
dı̊ qapaq apa yegän pwnyxny qapaq
12. 'DKW YK'N 'WXM'Z CWR T'WPWLX'X Š(=S)'(=N)K
ädgü yegän uqmaz čor topulγaq š'k/sng
13. ŠKRY PWRLWX 'YTYK'N YWXN'N M'XWCWR
?kry borluq it + yegän yoxnan māxu + čor
14. PW X'MX Y'R'β'CL'R PW XWTLWX Š'CYW
bu qamaγ yalaβačlar bu qutluγ šačı̊u
15. X' KYRDYMYZ TNKRY T'YPWW P'K YM'
qa kirdimiz täŋri taypü bäg yemä
16. "Y'DY CYLTY 'WKDRWK' XWY(=β)X' T'KYN
ayadı̊ čiltti ögdüllükkä qoβqa tägin-
17. TYMYZ P'W PW T'βX'C PYTYKYN KYM
timiz b'u bu taβγač bitigin kim
18. 'WXYXWCY P'R'RS'R PYZYNK' YM'
oqı̊γučı̊ bar+ersär biziŋä yemä
19. 'WDYK PWRZWN TYP PYTYWT'KYNTMYZ
ödig bolzun tep bitiyü + tägintimiz
20. M"N TWRP'N LYX "N 'YNCW T'PMYŠ
men turpan-lı̊γ an enčü tapmı̊š
21. C'KŠ'Y 'WXRY YWXNN PYR K'YN Š'C'WQ'
čigši oγlı̊ yoxnan bir-gäyin šačiuqa
22. K'RWT'KYN TMYZ PW KY'WYN S'βD' TWSWTWMWZ
kirü+tägin-timiz bu kiwin saβda tusuttumuz
23. XWTLWQ XYβLYX PWRM'XY PWRX'Y'RDY
qutluγ qı̊βlı̊γ bolmaqı̊ bolγay + erdi
24. M'N YM' 'WYZ 'WLWŠ WMQ' "S'N TWK'L T'K M'K MYZ
men yemä öz uluš-umqa esän tükäl täg-mäk-imiz
25. PWRM'XY PWRX'Y "RDY
bolmaqı̊ bolγay erdi
26. M'N X'W 'W
men γ'w u-
[...] 'WXLY M'XWCWR
27. M'N X'W 'WLWX T'YRYK TNKRY Y'XL'XYR 'YRYNK
men γ'w uluγ tiräk oγlı̊ māxu + čor täŋri yaγlaqı̊r eliŋ(ä)
28. PYR P'RDYM XWTLWX Š'CYW 'WLWŠYNK' TWYRT
bir bardı̊m qutluγ šačiu ulušı̊ŋa tört
29. K'LTYM PW'KWN T'KY "S'N T'WK'L "RWR M'N
kältim bu + kün tägi esän tükäl erür men
30. 'YNYM X'ŠNK "P'X' 'YNYM 'WXŠ'XWCWR
inim qašaŋ apaγa inim oγšaγu + čor
31. 'LPYK'N MWNC'X'T'KY "S'N T'WK'LYN "RWR
alp + yegän munčaqa + tägi esän tükälin erür
Pelliot Chinois 2909 verso
1'. PYZ YM' PW SNKRYM T' TWŠTMYZ P'ŠLYW
biz yemä bu saŋrı̊m-ta tüštimiz bašlayu
2'. Y'R'MYŠ TWTWX "N TYR'K 'WXWL SNKWN
yaramı̊š totoq an tiräk oγul saŋun
3'. YWXN'N MNY'Q CWR XWTLWX PWRTY "S'N
yoxnan manyaq čor qutluγ boltı̊ esän
4'. TWK'L "βYM MYZK' P'RYRPYZ PW PYTYKWCY
tükäl äβim-mizkä barı̊r + biz bu bitigüči
5'. "P'YK'N PYTYDYM Y'ZWQ PWLZWN PWPYR
apa + yegän bitidim yazuq bolzun bu + bir
6'. KWN PYTYK KYM 'WXYS'R PYZYNK YM' S'β
kün bitig kim oqı̊sar biziŋ yemä saβ
7'. β'T
β't
Adonc, lorsque, [... de ? ] l'Ötükän impérial faisant descendre [... ], nous avons été à deux [[2]] créés, (c'est) de la souche du faucon noirâtre au moment de l'élévation du nuage noir et de la souche du faucon grisâtre au moment de l'élévation du nuage gris qu'initialement notre mère [[6]] (nous) a conçus, de même qu'on (nous) a formés en toute chose dans les derniers temps — (nous) le Céleste Khan chinois et le Céleste Khan ouïgour, aux ordres desquels moi, Yaramı̊š [[9]] ı̊nanč totoq, en tête, suivi de M'wk' tiräk, Uluγ saŋun, Manyaq/Mayaq čor, Yoxnan tegin, Toγdı̊ Qapaq, Apa yegän, Pwnyγny Qapaq, Δdgü yegän, Uqmaz čor, Topulγaq, ?'k/Sng Škry, [[13]] Borluq, It-yegän, Yoxnan, Māxu-čor, tous ces ambassadeurs, nous sommes entrés dans ce bienheureux Cha-tcheou. Le céleste seigneur T'ai-fou (nous) a, de plus, honorés et traités avec [[16]] tous les égards. Nous avons bénéficié de récompenses et de bonne fortune. Nous nous sommes permis d'écrire (ce texte) afin que ce soit, pour quiconque lit cet écrit chinois, également un [[19]] témoignage à notre sujet.
Moi, An enčü de Turpan, avec Yoxnan, fils de Tapmı̊š čigši, nous nous sommes permis [[22]] d'entrer dans Cha-tcheou. Nous avons profité des paroles de ce rouleau. Il adviendrait que ce serait heureux et chanceux. Il adviendrait que se réaliserait que moi aussi je (nous ?) parviendrais sain et sauf dans mon propre pays.
[[26]] Moi, Γāw U(luγ)
Moi, fils de Γāw Uluγ tiräk, Māxu-čor, je suis allé une fois à l'État céleste des Yaγlaqar, [[28]] et je suis venu quatre fois au pays bienheureux de Cha-tcheou. Jusqu'aujourd'hui je suis sain et sauf. Mon frère cadet Qašaŋ Apaγa et mon frθre cadet Oγ?aγu-čor Alp-yegän sont jusqu'ici [[31]] sains et saufs.
——————————————————-
Nous aussi, nous sommes descendus dans ce saṁghārāma, avec à la tête Yaramı̊s totoq, [[2']] An tiräk, Oγul saŋun, Yoxnan, et Manyaq čor. Ce fut heureux. Nous allons sains et saufs à notre maison. Le copiste de ceci, Apa-yegän, je l'ai écrit. Que ce soit fautif ! Cet écrit en un [[6]] rouleau, que ce soit pour quiconque le lit également un message de nous.
15.1 yemä el 'WTK'N... L........ 'YNTRY : Le mot yemä marque le début du texte. Quant à la graphie 'WTK'N, on peut comparer 'WYTK'N = Öt(ü)kän, qu'on retrouve dans le manuscrit Pelliot Ouïgour 15 , l. 9 (20.9), comme nom de lieu, correspondant sans doute à la région des Monts Khangaï en Mongolie actuelle. Notre el ötükän rappelle l'expression el ötükän qutı̊ désignant l'esprit gardien ou pouvoir bénéfique (qut) de l'Ötükän impérial (el), qui figure dans un manuscrit en écriture manichéenne de Xočo (cf. M III, pp. 34.14 et 35.16 ; Pelliot, « Neuf Notes... », pp. 212-219 ; id., Notes on Marco Polo, II, p. 791 ; A. Bombaci, « Qutluγ Bolsun ! (II) », pp. 15-18 et 38-39). Cependant, il paraξt difficile de rétablir qutı̊ dans notre manuscrit en raison de la queue d'une lettre L qu'on peut déceler peu après le mot Ötükän — on lirait plus facilement qutluγ. Quoiqu'il en soit, il doit s'agir ici, comme dans le manuscrit manichéen précité, d'un pouvoir mystique ou charisme conféré par l'Ötükän impérial au souverain des Ouïgours. La graphie 'YNTRY représente peut-être ent(i)ri, « faisant descendre, envoyant en bas », gérondif du verbe entür-/entir-/endür-/endir-.
15.1-8 Dans ces premières lignes, on peut distinguer une suite de vers de sept, de huit, et de cinq syllabes selon le schéma suivant :
Yemä el ötükän.... = (7 syllabes ?) ........ entiri, = (7 syllabes ?) Biz ekkün törümišta, = 7 syllabes Qara bulı̊t örläntüktä, = 8 syllabes Qaralaγ toγan tόpintä, = 8 syllabes Boz bulı̊t örläntüktä, = 7 syllabes Bozluγ toγan tόpintä, = 7 syllabes Ilki ögümüz etmiš, = 7 syllabes Yaγru qamaγ yaratmı̊š, = 7 syllabes Täŋri taβγač xan, = 5 syllabes Täŋri uyγur xan. = 5 syllabes
15.2 biz ekkün : La graphie 'KWN = äkün/ekkün figure aussi dans un fragment manichéen en écriture ouïgoure de Xočo (cf. A. von Le Coq, « Ein christliches und ein manichäisches MS. - Fragment », p. 12 ll. 9). W. Bang, ManErz, p. 10, l'explique comme étant la forme réduite d'äkigün (ekkigün), « à deux, deux ensemble », qui serait l'instrumental de ekkigü, et l'on peut voir biz ekkigü dans ZweiPfahl, pp. 6.5 et 8.9. Ici, biz ekkün, « à nous deux », se rapporte nécessairement, semble-t-il, aux deux Khans chinois et ouïgour, alors que dans la suite du texte, à partir de yarı̊γı̊ŋa, « à leurs ordres », la première personne, « moi » et « nous », se rapporte clairement aux ambassadeurs. S'agit-il d'une formule toute faite qu'on aurait empruntée sans l'adapter au contexte, ou bien les deux khans sont-ils censés s'exprimer au début du texte d'une manière directe ?
15.3 bulı̊t örlän- : Voir bulı̊t örländi, « le nuage s'éleva » en prélude à la pluie, chez Kā?γarī, I, pp. 257.19 et 258. De plus, il est question de boz bulı̊t et de qara bulı̊t apportant des pluies bienfaisantes aux animaux et aux hommes dans un présage faste de l' Irq Bitig (n° LIII : cf. V. Thomsen, « Dr. Stein's Mss. in Turkish Runic Script », p. 206). Dans notre texte, par conséquent, la montée des nuages noirs et gris est sans doute à interpréter comme le symbole d'événements fastes.
15.3-5 X'RL'X = qaralaγ et PWYZLWX = bozluγ, mots attestés pour la première fois ici, semblent vouloir dire « noirâtre » et « grisâtre ». Quant aux deux sortes de faucons de souche différente que ces deux qualificatifs distinguent, on pourrait penser, étant donné la construction symétrique du texte, que la première correspondrait à l'ancêtre mâle de l'Empereur chinois, de la même façon que la seconde correspondrait à celui du Khan ouïgour. Cependant, une croyance selon laquelle l'Empereur de Chine descendrait d'un faucon est tout à fait inédite pour autant que je sache. Par contre, en ce qui concerne les Ouïgours, on sait que vers l'an 789, à l'occasion du mariage d'une fille de l'Empereur Tö-tsong avec le Khan ouïgour Tun Baγa du clan des Yaγlaqar, ou bien en 809 au dιbut du règne de Pao-yi Qaghan, les Ouïgours ont demandé à la Cour de Chine de remplacer dans la transcription officielle de leur nom le caractère 紇 ho en usage jusqu'alors par le caractère 鶻 hou signifiant « faucon », parce que, disaient-ils, ils étaient eux-mêmes « comme le faucon » (cf. Colin Mackerras, The Uighur Empire, 2e éd., pp. 97, 108, et 158, n. 173 ; Abe Takeo, Nishi Uiguru Kokushi..., p. 199 ; J. R. Hamilton, Les Ouïghours..., p. 61). On a donc l'impression très nette que le faucon était considéré par les Ouïgours comme leur totem. Je me demande, par conséquent, si ce n'est pas seulement aux Ouïgours que se rapporteraient les deux faucons de souche différente, dont le premier, noirâtre, représenterait le premier clan royal des Yaγlaqar et le second, grisβtre, la seconde dynastie du clan des Ediz. En effet, à l'avènement d'Alp Uluγ Qutluγ Bilgδ Houai-sin Qaγan en 795, le clan des Ediz supplanta le clan des Yaγlaqar à la tête de l'Empire ouïgour (cf. Abe Takeo, Nishi Uiguru Kokushi..., pp. 169 seq. ; C. Mackerras, The Uighur Empire, pp. 97, 107-109, 158, n. 170, et 168, n. 228), et continua à régner sur l'Empire ouïgour occidental après la destruction en 840 de la capitale ouïgoure sur l'Orkhon, alors que le clan des Yaγlaqar alla s'installer à Kan-tcheou à la tête d'un second État ouïgour (cf. Abe T., ibid., pp. 247-285 ; J. R. Hamilton, Les Ouïghours..., p. 160 ; E. Pinks, Die Uiguren von Kan-chou in der frühen Sung-Zeit, pp. 101-105).
15.6 ögümüz, « notre mère », se réfère sans doute à la parenté qui existait entre les empereurs de la dynastie des T'ang et les khans ouïgours du fait des mariages de ces derniers avec des princesses impériales chinoises. Les historiographes chinois de l'époque des Cinq Dynasties font bien remarquer l'importance particulière que les Ouïgours attribuaient à ce lien de parenté dans leurs rapports avec la Chine (cf. P. Demiéville, Le Concile de Lhasa, p. 4 seq. ; J. R. Hamilton, Les Ouïghours à l'époque des Cinq Dynasties, pp. 64, 127-128). De même, les livres d'histoire chinois témoignent qu'encore sous les Song, en 976 et en 981 notamment, l'Empereur de Chine, d'une part, et de l'autre les deux Khan ouïgours, celui de Kan-tcheou et celui de Si-tcheou (Qočo), continuaient à se considérer réciproquement comme oncle maternel/beau-père et neveu utérin/gendre (cf. E. Pinks, Die Uiguren von Kan-chou in der frühen Sung-Zeit, pp. 27 et 126, n. 83, sur le Khan de Kan-tcheou en 976 ; et J. Hamilton, Les Ouïghours..., pp. 143 et 146, sur le Khan de Si-tcheou en 981). Dans le présent contexte, ögümüz, « notre mère » ou « nos mères », est à identifier, sinon avec l'ancêtre maternel en général, grande aïeule à la fois des Empereurs chinois et des Khans ouïgours, à peu près surement, en tout cas, avec les princesses impériales chinoises épousées par des Khans ouïgours. Les Empereurs chinois du clan des T'ang ont donné trois de leurs filles en mariage aux Khans ouïgours : (1) la princesse de Ning-kouo en 758 à Mo-yen Tch'o, Qaghan du clan des Yaγlaqar ; (2) la princesse de Hien-ngan en 788 à Tun Baγa, Qaghan des Yaγlaqar — laquelle devint également la femme de ses deux successeurs yaγlaqar et de son ministre et successeur ediz, de quatre qaghans en tout ; et (3) la princesse de T'ai-ho en 821 à Tch'ong-tö Qaghan du clan des Ediz — laquelle demeura chez les Ouïgours jusqu'en 843 (cf. C. Mackerras, The Uighur Empire, 2e éd., pp. 42-47, 62-69, 133, 97-99, 109, 189, 114-122, 174-175, 177-179 ; Chavannes et Pelliot, Traité manichéen, p. 295). Quoique les sources chinoises précisent que la Princesse de Ning-kouo n'a pas eu de fils du Qaghan Mo-yen Tch'o (cf. C. Mackerras, ibid., pp. 68-69), elles sont muettes en ce concerne les enfants de qaghans qu'ont pu avoir eus les deux autres princesses.
15.6 Y'XRW = yaγru, « près dans le temps ou dans l'espace », m'apparaît comme le gérondif en -u d'un verbe *yaγur- (cf. notamment la variante yaγuru dans BioHts, l. 134), « rapprocher, se rapprocher », intensif ou factitif du verbe yaγu-, « approcher, être près » (cf. EDPT, p. 898), plutôt que le directif en -ru d'un problématique substantif *yaγ, comme l'a supposé Sir G. Clauson dans EDPT, p. 905.
15.9 M'WK' T'YRYK : M'WK' = mauka/mäügä, qui n'a pas une consonance turque, pourrait représenter, entre autres choses sans doute, un nom personnel chinois. T'YRYK = täyrik est vraisemblablement une tentative d'écrire tiräk. Or, à la ligne 2 du manuscrit Pelliot Chinois 2909 verso (15.2'), le deuxième personnage, qui figure, comme M'WK' tiräk, immédiatement après Yaramı̊š totoq, est un certain An tiräk, dont An doit être le nom de famille chinois Ngan 安 (M *. ân), réservé particulièrement aux Sogdiens. On peut penser que le dénommé An tiräk avait été désigné une première fois par son nom personnel chinois qu'aurait transcrit M'WK'. Le même personnage est probablement à reconnaître dans la suite de notre texte également sous les dénominations de An enčü à la l. 20 et de Uluγ tiräk à la l. 27.
15.10 'WRWX (= uruγ, « descendant ») saŋun est probablement à lire Uluγ saŋun, à moins qu'on ait voulu écrire Oγul saŋun comme à la l. 2'.
15.10 MN(= ')Y'X est noté MN(= ')Y'Q à la l. 3'. Dans une lettre du 30 juin 1959, le Professeur W. B. Henning m'a écrit : « The name transcribed by you as M'y'q is most likely to be read with -n- in the first syllable, since there is little doubt that it is the Sogdian name Maniakh well-known from the Zemarkhos report. » Lorsque je lui ai rappelé le nom Māyāk qu'il avait restitué dans Sogdica, p. 7, n° 8, il m'a répondu que « M'y'kkh is as far as I remember a woman's name, while in your text you clearly want a man's name, » en ajoutant à propos de Maniakh que « the Uighurs frequently rendered a foreign x by q ». Sur Maniakh, voir Gyula Moravcsik, Byzantinoturcica II, p. 181, et É. Chavannes, Documents sur les Tou-kiue Occidentaux, pp. 234-235. Néanmoins, il ne faudrait pas exclure totalement la possibilité qu'il puisse s'agir du mot turc mayaq, « fiente, crotte, bouse d'animaux tels que le chameau, le mouton, la vache, le pigeon, etc. » (cf. EDPT, p. 350, sous *bañak), car de tels noms de personne ne sont pas sans exemple en turc.
15.10 Yoxnan, nom correspondant à la forme syriaque de Jean (cf. la note 14.12), figure une deuxième fois dans la présente liste à la l. 13, ainsi qu'à la l. 3' du Pelliot Chinois 2909 verso. À la l. 21, il est décrit comme le fils de Tapmı̊š čigši.
15.11 XP'Q, à deux reprises dans cette ligne, pourrait représenter Qapaq ou Qabaq. Sur ces termes turcs, dont les sens sont nombreux, cf. EDPT, p. 582, et TMEN, n° 1367, 1419, et 1545.
15.11 Apa yegän figure une deuxième fois à la l. 5.5' du manuscrit 2909 verso, où il se déclare être le scribe ayant écrit le présent texte. Le sens premier du terme apa a dû être « ancien, ancêtre » (cf. EDPT, p. 5 ; TMEN, n° 412).
15.11 PWNYXNY serait un nom sogdien signifiant « full of power » (γny = « power » ; pwn- = « full »), d'après une lettre de W. B. Henning du 2. IX. 1959. Voir γn-, « pouvoir », dans GMS, § 1060 ; et pwrn-, « plein », à lire purn- ou sans r du tout, dans GMS, § 151, 485, et 513.
15.12 'WXM'Z représente apparemment uqmaz, « celui qui ne comprend pas ».
15.12 T'WPWLX'X doit être pour topulγaq, nom du souchet (Cyperus) et d'autres plantes, donné également à des femmes (cf. EDPT, p. 441).
15.12-13 s(=s)N(=')K Š(=S)KRY : Dans sa lettre du 30. VI. 1959, W. B. Henning m'a écrit : « škry, 'sugar', and snk, 'stone', are perfectly possible Sogdian names, the latter being a translation of 'Peter' and, therefore, almost certainly again a Christian's name. » Voir škryy, « sucre », dans BBB, p. 135, et sng, « pierre », dans GMS, § 105, 253, etc. Il n'est pas impossible, cependant, que š'K/SNK représente simplement un premier essai, inachevé faute de place, d'écrire ŠKRY.
15.13 PWRLWX semble représenter borluq, « vignoble ».
15.13 'YTYK'N = İt-yegän : Sur it, « chien », comme nom de personne, cf. mon article « Le Colophon de l' Irq Bitig », p. 18. On peut comparer īttīyiganä en khotanais (cf. H. W. Bailey, AM, I-1, pp. 31, 35, et 50).
15.13 M'XWCWR, d'après la lettre du 30. VI. 1959 de W. B. Henning, « is undoubtedly the Sogdian word for 'moon' (m'xw or m'x) together with the Turkish word čor ». Dans Maḥrnāmag, pp. 10-12 et 33, on trouve de nombreux noms de personne composés avec māx, « lune ». Māxu-čor figure de nouveau à la l. 27, où il se dit fils d'Uluγ tiräk (= An tiräk ?).
15.14 š'CYW = Šačı̊u, c.-à-d. Cha-tcheou (M *ṣa-ciu), « la Préfecture des Sables », dont le siège était Touen-houang.
15.15 T'YPWW = taypou, taypü, tayfü, ou tayfuu. Il s'agit du titre chinois t'ai-fou 太傅 (M *thâi-pi̭ou M-TX *t'aj-püǝ M-XY *t'aj-fu). Le titre t'ai-fou, « grand maître », est le deuxième en importance des six grands titres honorifiques qui furent, sous les T'ang et sous les Cinq Dynasties, conférés, en principe du moins, par l'Empereur, à savoir, par ordre descendant, t'ai-che 太師, « grand précepteur », t'ai-fou 太傅, « grand maître », et t'ai-pao 太保, « grand gardien », appelés les Trois Précepteurs, et t'ai-wei 太尉, « grand pacificateur », sseu-tou 司徒, « directeur de l'instruction », et sseu-k'ong 司空, « directeur des travaux », appelés les Trois Ducs (cf. R. de Rotours, Le Traité des Examens, p. 5 ; id., Traité des Fonctionnaires et Traité de l'Armée, p. 19). Ici täŋri taypü bäg, « le céleste seigneur t'ai-fou », désigne évidemment le personnage qui était à la tête de Cha-tcheou lors du séjour des ambassadeurs, de la même façon, par exemple, que dans le manuscrit Staël-Holstein de 925 l'appellation tte-рū en khotanais et the-po en tibétain transcrivant le titre t'ai-pao 太保 (M *thâi-pâu) désignait le chef d'État de Cha-tcheou d'alors (cf. H. W. Bailey, « The Staël-Holstein Miscellany », p. 26 ; E. G. Pulleyblank, « The Date of the Staël-Holstein Roll », pp. 94-96). Or, le titre de t'ai-fou fut porté par quatre dirigeants successifs de Cha-tcheou au Xe siècle, à commencer par Ts'ao 曹元深 Yuan-chen depuis 943 jusqu'à sa mort en 945 ou 946 (cf. mon ouvrage Les Ouïghours à l'époque des Cinq Dynasties, pp. 54-55) et par Ts'ao Yuan-tchong 曹元忠 qui l'aurait porté depuis les environs de 947 jusqu'à une date indéterminée entre 961 et 968.
En effet, Ts'ao Yuan-tchong, qui figure dans le colophon du manuscrit S. 4398 daté de juin 949 avec le titre sseu-k'ong « nouvellement conféré », portait déjà le titre supérieur de t'ai-pao dans le colophon daté du 2 avril 947 du Pelliot Chinois 3388. Quant au titre encore plus élevé de t'ai-fou de notre manuscrit, Ts'ao Yuan-tchong le portait dans les colophons datés du 4 août 947 de P. 8 et P. 9 du British Museum (cf. Giles, Catalogue, n° 8093 et 8087), dans le colophon daté du 14 juin 949 ou du 3 juin 950 de P. 11 (cf. Giles, Catalogue, n° 8084), dans celui daté entre le 18 février et le 19 mars 961 du S. 2974 (cf. Giles, Catalogue, n° 7390 A), ainsi que dans celui du Pelliot Chinois 2155 verso (cf. Catalogue des Manuscrits chinois de Touen-houang, I, pp. 99-100), qui ne comporte pas de date précise, mais qui est frappé du même sceau que le S. 2974 de 961, le Pelliot Chinois 2484 recto (I) de l'année wou-tch'en correspondant sans doute à 968 (cf. Catalogue des Manuscrits chinois de Touen-houang, I, p. 308), et le S. 4632 du 7 mai 968 (cf. Giles, Catalogue, n° 7391). Dans le colophon de ce dernier manuscrit du 7 mai 968, cependant, Ts'ao Yuan-tchong porte déjà le titre de l'échelon le plus élevé de t'ai-che, qu'il continuera à porter jusqu'à sa mort en 974, comme en témoignent les colophons des deux premières lettres du S. 5973 datées de la première et de la deuxième lune de 974 (cf. Giles, Catalogue, n° 7394) ainsi que les colophons de ses lettres non-datées dans le Pelliot Chinois 2703 verso (sur la date de sa mort, cf. mon ouvrage, Les Ouïghours à l'époque des Cinq Dynasties, p. 56). De toutes ces considérations, il ressort que Ts'ao Yuan-tchong portait le titre de t'ai-fou de façon sure entre les années 947 et 961, et probablement un peu au-delà, mais qu'il avait, en tout cas, cessé de le porter en 968.
Par ailleurs, le titre de t'ai-fou fut porté par le successeur de Ts'ao Yuan-tchong, Ts'ao Yen-kong 曹延恭, comme l'atteste une inscription datée du 9 février 976 dans une des grottes de Touen-houang (cf. Sie Tche-lieou 謝稚柳, Touen-houang yi-chou siu-lou 敦煌藝術敍錄, Changhai 1955, p. 298, grotte n° 224). Enfin, Ts'ao. Yen-lou 曹延祿, qui a dû succéder à Ts'ao Yen-kong peu avant mai 979 (cf. le colophon du Pelliot Chinois 3660 verso, daté de la 4e lune de la 4e année de la période t'ai-p'ing hing-kouo), était également porteur du titre de t'ai-fou, comme l'atteste une autre inscription de grotte datée du 11 mars 980 (cf. Sie Tche-lieou, op. cit., p. 281, grotte n° 214, ainsi que p. 133, n° 75, où ce titre lui est également attribué). Dans le Pelliot Chinois 2649 recto, daté de la 3e lune de la 9e année t'ai-p'ing hing kouo, soit avril 984, cependant, Ts'ao Yen-lou portait déjà le titre supérieur de t'ai-che. Par conséquent, on peut estimer, pour résumer, que Cha-tcheou a été gouverné par un t'ai-fou pendant les années 943-46, 947-61 (-67 ?), 976-78, et 980-83.
15.16 "Y'DY CYLTY = ayadı̊ čiltti semble vouloir dire que le seigneur de Cha-tcheou a reçu les ambassadeurs avec les honneurs et avec beaucoup d'égards. Le verbe aya-, « honorer », est effectivement employé souvent dans le sens des honneurs ou des égards accordés par un supérieur à un inférieur : cf. notamment EDPT, p. 267 ; K, I, p. 271 ; TarSöz, p. 311 ; DerSöz, p. 406. Quant à la forme du parfait CYLTY = čiltti, elle suppose un radical čilt-, alors qu'on a rétabli le radical de ce verbe en čiltä-, surtout d'après le dérivé nominal čiltäg, employé toujours en hendyadyoin avec ayaγ, « respect, honneur », qui était jusqu'ici la seule forme bien attestée (cf. EDPT, p. 419).
15.16 'WKDRWK' XWY(=β)X' : 'WKDRWK est vraisemblablement pour ögdüllük, « récompense, prix remporté dans une course », terme bien attesté en vieil ottoman (cf. TarSöz, p. 3056), mais que je n'ai pas trouvé ailleurs en turc ancien. Ögdüllük doit appartenir à la même famille de mots qu'ögdir, « récompense », bien attesté dans les textes ouïgours (cf. EDPT, p. 103). Pour ce qui est de XWY(=β)X', on doit probablement y voir la forme qoβ/quβ (la lecture qoβ̈̌ı̊/quβ̈̌ı̊ étant également possible), que donne Kā?γarī (I, p. 320.23) au sens de « fortune, chance, bonheur ». Il s'agirait d'une variante de qı̊β/qı̊βı̊ au sens identique, d'autant plus qu'on trouve dans un des manuscrits du Qutadγu Bilig qoβ̈̌ı̊/quβ̈̌ı̊ à la place de qı̊β̈̌ı̊ (cf. S. E. Malov, Pam. Drevnet. Pis'men., pp. 265 et 414 ; A. Bombaci, « Qutluγ Bolsun II », p. 29, n. 64 ; et EDPT, p. 579, qui ne tient pas compte, cependant, des leçons qoβ et qoβı̊). Il est à supposer que les formes qı̊β/qı̊βı̊ & qoβ/qoβı̊ ou quβ/quβı̊ du turc ancien au sens de « fortune, chance » ne sont pas sans rapport avec le mongol qubi, « portion, part, fief, sort, destin, chance » (cf. TMEN, n° 294).
15.19 'WYDYK, ödig, est à distinguer du mot ötüg, « prière », bien que tous deux proviennent vraisemblablement du même verbe ö-, « penser, se rappeler ». Sur ödig, « rappel à la mémoire, note pour mémoire, mémento, mémoire, mémorandum, registre », voir 34.1.
15.20 turpan-lı̊γ, « originaire de Turpan », indique assez clairement la provenance de la mission comme étant de Si-tcheou (Qočo ou Kao-tch'ang), capitale de l'État ouďgour occidental. Le nom Turpan, attesté pour la première fois dans le manuscrit Staël-Holstein en khotanais de 925 sous la forme tturpanä (cf. H. W. Bailey, « The Staël-Holstein Miscellany », p. 15 ; J. Hamilton, « Autour du Manuscrit Staël-Holstein », p. 150), correspond à l'importante ville actuelle de Turfan au nord-est du Turkestan chinois. E. G. Pulleyblank (« Chinese and Indo-Europeans », p. 21) voit dans le nom Turfan, comme dans Touen-houang, Uč-Turfan, et autres toponymes semblables de la męme région, un très vieux terme local, hérité des Tokhariens. Sur Turfan à partir de l'époque des Ming, cf. E. Bretschneider, Medieval Researches, II, pp. 189-202 ; et L. Ligeti, « Glossaire supplémentaire... », p. 204.
15.20 'YNCW = enčü devait signifier, en premier, « fief, apanage, domaine réservé à un seigneur pour la satisfaction de ses besoins personnels », et, par extension, « vassal doté d'un fief, d'un apanage », soit encore « subordonnés, serviteurs, ou esclaves dépendant d'un fief » (cf. TMEN, n° 670 ; EDPT, p. 173). Comme titre de « vassal doté d'un fief », le terme est attesté également dans un fragment ouïgour du IXe-Xe s. provenant de Turfan, aux ll. 10-12 : enčü Uruŋu saŋun apačor, enčü ....... Mängü yegän (cf. Haneda Tôru, « A propos d'un texte fragmentaire de prière manichéenne en ouïgour provenant de Tourfan », paru dans Œuvres Posthumes, II, pp. 89 et 92, ainsi que dans Mem. Res. Dept., Toyo Bunko, VI, 4). Le même terme figure, d'autre part, à deux reprises dans un manuscrit khotanais de Touen-houang, daté de 925, en tête de deux listes de noms de tribus (cf. H. W. Bailey, « The Staël-Holstein Miscellany », pp. 3 et 17). Je transcris enčü au lieu d'inčü à cause de la forme enči, « propriété privée », dans le Codex Cumanicus (cf. CC, p. 88) et à cause des nombreuses formes en ä- ou en e- dans différents dialectes turcs modernes (cf. notamment TMEN, II, p. 221). Pour ce qui est de l'étymologie de ce terme, il me semble qu'enčü, avec le sens spécial de « domaine réservé à un seigneur pour la satisfaction de ses besoins personnels », pourrait représenter tout simplement la forme pleine ou élargie d'enč, « aise, paix, repos, circonstances matérielles confortables » (cf. EDPT, pp. 171-172), car on connaît toute une série de paires de mots plus ou moins synonymes aux terminaisons -nč et -nču, telles qu'ı̊nanč/ı̊nanču, bulunč/bulunču, ögrünč/ögrünčü, аβı̊nč/аβı̊nču, etc. (cf. AG, § 125).
15.21 PYRK'YN semble noter birgäyin. Or, une forme birgä au sens d' « ensemble » est attestée dans le Codex Cumanicus ( CC, p. 59), ainsi que dans plusieurs dialectes turcs (cf. Wb, IV, 1755, sous birgä, et IV, 1334, sous pirgä). On peut citer aussi, de deux manuscrits de la région de Turfan, birgäčä dans un sūtra ouïgour des environs du XIVe s. (cf. BT III, l. 974 et n. 973, p. 69) et biriŋä dans un autre manuscrit bouddhique ouïgour, sans doute plus ancien (cf. BT II, l. 1144 et n.). La terminaison -yin doit représenter l'instrumental dans un emploi exprimant la manière. Quant à la forme birgä (ou birkä ?), « ensemble », il s'agirait du datif de bir, dont le sens premier aurait été « à un, en une unité ».
15.22 KY'WYN, à lire probablement kiwin sans l, āleph, rend le chinois kiuan 卷 M *ki̭wen, « rouleau, chapitre, volume ». Voir aussi kün à la l. 15.6'.
15.22 TWS(=Š)WTWMWZ : Il semblerait que nous ayons affaire à un verbe tusut-, qui n'est pas attesté ailleurs, mais qui serait le factitif de tus- (ou tusu- ?), « être bénéfique, profitable » (cf. EDPT, p. 554), au sens de « bénéficier de, tirer profit de ». À lire donc tusuttumuz.
15.23-25... bolmaqı̊ bolγay erdi semble vouloir dire littéralement « le fait pour quelque chose de devenir (être)... se réalisérait (existerait) ». Un exemple semblable de cette construction plutôt lourde se retrouve dans M III, p. 34.22 : ornanu yarlı̊γqamaqı̊ qutluγ qı̊βlı̊γ bolmaqı̊ bolzun.
15.27 X'W pourrait représenter un nom sogdien γ'w (γāw), « taureau, bovin », comme me l'a suggéré le professeur W. B. Henning.
15.27 täŋri yaγlaqı̊r eliŋ(ä) : Le céleste État des Yaγlaqı̊r ou Yaγlaqar dιsigne sans aucun doute l'État des Ouïgours de Kan-tcheou, dont les souverains appartenaient au premier clan royal des Ouïgours, les Yaγlaqar. Cf. mon ouvrage Les Ouïgours..., p. 160 ; E. Pinks, Die Uiguren von Kan-chou..., p. 103 ; Abe Takeo, Nishi Uiguru Kokushi..., p. 268 seq. On sait, en effet, qu'en 795 un qaγan du clan des Ediz supplanta la lignιe du clan des Yaγlaqar à la tête de l'Empire ouïgour, mais après la fuite de la capitale sur l'Orkhon en 840, les Yaγlaqar s'installθrent de nouveau au pouvoir à Kan-tcheou, tandis que les descendants du fondateur de la dynastie des Ediz semblent avoir continué à régner sur l'Empire ouïgour occidental depuis Bešbalı̊q et Qočo. Cf. Abe T., op. cit., pp. 266 seq. ; et C. Mackerras, The Uighur Empire, pp. 10 et 107.
15.30 X'ŠNK serait pour qašaŋ, dont les sens vont depuis « vil, maigre, sombre, paresseux, lent » en turc et en mongol jusqu'à « beau, mince, élégant » comme mot d'emprunt en persan. Cf. TMEN, n° 1498, et EDPT, p. 673. Cependant, Nicholas Sims-Williams, à qui une telle évolution sémantique paraît douteuse, me fait remarquer que Henning (Sogdica, pp. 20-21) avait proposé une étymologie iranienne pour le persan qašang.
15.30 "P'X' semble noter apaγa. Il s'agit peut-être d'apa, « ancien, ancêtre », avec le suffixe diminutif -γa ou -qa cité dans EDPT sous siŋirke, p. 841, et sous yipke, p. 875. À une date aussi ancienne, ni le mongol abaγa, « oncle paternel », ni aqa, « frère aîné », ne pourrait guère entrer en ligne de compte.
15.31 tükäin : La terminaison -in doit représenter le cas instrumental, dont l'emploi ici est exceptionnel.
15.1' TWŠTMYZ : Plutôt que tuš-, « rencontrer », il faudrait sans doute voir ici tüš-, « descendre, faire halte ». Pour des exemples de tüš- au sens de « faire halte », cf. notamment l'Inscription de Šineusu, ll. est 7, sud 2 et 7, ouest 4, ainsi que l' Irq Bitig, n° LXIV.
15.7' β'T représente peut-être le sogdien β't, troisième personne du singulier du subjonctif du verbe « être » (cf. GMS, § 799). Dans ce cas, biziŋ yemä saβ β't, « que ce soit également un message de nous », serait à peu près l'équivalent de biziŋä yemä ödig bolzun, « que ce soit également un témoignage à notre sujet ».
Paul Pelliot (1878-1945)
Rapporté par la mission Pelliot de 1906-1908. Entré à la BN en 1910.
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