Poitiers. Église Saint-Hilaire-le-Grand - Inscription de Gunter et d'Hugo (CIFM I, 60)

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Source des données : Persée - CIFM (Corpus des inscriptions de la France médiévale)

  • Fonction de l'inscription - Signature d'une inscription (?).

    Lieu de conservation - Eglise Saint-Hilaire, mur extérieur de la chapelle nord-est du déambulatoire, à environ 2m de la base de la chapelle. Un moulage de l'inscription est conservé au Musée de l'Echevinage. On ignore l'emplacement primitif de la pierre, qui pendant la Révolution fut remise à un particulier. L'un des héritiers de celui-ci la transmit au curé de la paroisse, au début du XIXe s. Ce dernier la fit encastrer à la place qu'elle occupe actuellement.

    Support et dimensions - Pierre de 30,5 x 23,5cm. Champ épigraphique de la seconde ligne : 27 cm. Hauteur des lettres: entre 1,8 et 2,9cm.

    Transcription - 1. GVNTER[I]VS REPET[ENS][*]

    2. SI+[G]NVM ECCE QVIS HIC

    3. HVGO MEVS

    4. GRAMMAS

    5. NEPOS COMPO-

    6. SVIT ISTAS

    Traduction - Gunter demandant la signature, voici quel est l'auteur:

    Hugues, mon neveu, composa ces lignes.

    Remarques paléographiques - Inscription très irrégulière, tant dans la hauteur des lignes que dans les lettres. Parmi les abréviations employées, quatre ne se présentent pas de la façon la plus habituelle. Le signe abréviatif de la finale -us est placé très au-dessus de la lettre qu'il complète (Gunterius, meus), et dans le second cas il n'abrège que le S. L'abréviation de repet (l. 1) peut prêter à des interprétations diverses. Si la transcription donnée pour la deuxième ligne est exacte, il faut suppléer un G dans le mot signum où, par ailleurs, le tilde final abrège un U au lieu de remplacer une nasale. Aucune lettre onciale. Tous les C sont carrés, les G des deuxième et troisième lignes sont en partie carrés, mais se terminent par un arrondie. Celui de la première ligne est encore assez proche de la forme que l'on rencontre dans les inscriptions antérieures au IXe s. Les O sont de deux sortes : ceux de la cinquième ligne sont piriformes, celui de la troisième ligne est ovale, très arrondi en son milieu. La lettre Q (l, 2) a un tracé peu fréquent[*] de même que le U de meus, formé d'une oblique et d'une verticale.

    Remarques linguistiques - Le sens de l'inscription ne peut guère s'expliquer que si l'on considère que le texte était originellement placé au-dessous d'un autre qui se présentait peut-être sous forme de vers. Il a parfois été indiqué qu'il s'agissait d'une inscription métrique, mais ces lignes ne représentent pas des vers classiques. Le mot gramma est d'origine grecque; les chartes de Saint-Hilaire emploient à plusieurs reprises, avec affectation, des termes grecs[*]. Nepos est généralement poétique dans le sens de neveu et classique dans celui de petit-fils. Toutefois les deux sens ont coexisté.

    Commentaire historique et datation - Cette inscription a donné lieu à de multiples interprétations. Ménard en donna, le premier, en 1871, la transcription et la traduction suivantes:

    Gunterius, repetis si nomen, ecce quiescit,

    Hugo meus grammas nepos composuit istas.

    Si tu t'informes du nom de celui qui repose ici, c'est Gunter,

    Hugues, mon neveu, a composé ces lignes.

    Cette lecture paraît devoir être rejetée. Le verbe quiescit ne figure pas dans le texte, la liaison du H et du C de l'adverbe hic est très claire et enfin, l'auteur ne tient pas compte de la croix. De plus, cette traduction s'accorderait mal avec le module plus petit des deux premières lignes qui devraient au contraire être, dans cette hypothèse, l'élément essentiel. Quant à l'interprétation de signum crucis, elle supposerait que la croix suive le mot signum.

    L'interprétation donnée en 1893 par l'abbé Delaforest laisse trop de place à la fantaisie pour pouvoir être retenue. L'année suivante Berthelé donne une nouvelle transcription et une traduction :

    Gunter[us] si repet[is] quis hic

    + n[o]m[e]n ecce Hugo meu[m] grammas nepos composuit istas.

    Si tu t'informes du nom de celui qui repose ici, c'est Gunter.

    Hugues, mon neveu, a composé ces lignes.

    En fait, Berthelé a considéré l'inscription comme un rébus et a recomposé un texte susceptible d'avoir un sens.

    Cette même année 1894 l'abbé Largeault proposa une autre hypothèse et essaya de voir en cette inscription une composition métrique. Cette proposition non plus ne peut être soutenue.

    La lecture que nous retenons diffère assez sensiblement de ces diverses interprétations[*]. Notre hypothèse suit le plus fidèlement possible le texte, sans être pour autant à l'abri des critiques. La lecture signum semble préférable à signum crucis et peut être rapprochée de certaines chartes[*]. Elle serait néanmoins mieux fondée si le mot comptait un G. Nous pensons que cette pierre en accompagnait une autre, comme il se présente pour l'épitaphe de Milon. A la demande d'un nommé Gunter, le graveur aurait ajouté, sur une autre pierre, le texte que nous avons sous les yeux.

    Les documents hilariens ne font état d'aucun Gunter avant 937, tandis qu'ils mentionnent onze fois ce nom entre cette date et 1170. La parenté établie par l'épigraphe entre Gunter et Hugo oriente les recherches vers deux personnages contemporains. Deux chartes sont signées à la fois par un Gunter et un Hugo : la première en janvier 989, la seconde en 997. L'identification de ces deux personnages avec ceux de l'inscription n'est pas, pour autant, évidente. Cependant, l'examen paléographique du texte s'accorde bien avec la fin du Xe s.

Bibliographie

Ces références bibliographiques ont fait l'objet d'un traitement et disposent le cas échéant de liens vers des versions en ligne.

  • BEAUMESNIL, Pierre de, Antiquités de la ville de Poitiers, province de Poictou et Aquitaine, origine de ses peuples, probable et fabuleuse, avec un extrait chronologique des souverains qui ont occupé le Poitou, jusqu'à présent (Poitiers, Médiathèque François-Mittérand, Ms 384 (110)), ici f. 65 [dessin] (https://www.mediatheques-grandpoitiers.fr/Default/digital-viewer/c-1045828)
  • BERTHELÉ, Joseph (1894), "L'inscription de Gunter et d'Hugo à Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers", Revue poitevine et saintongeaise, 11, n° 121, p. 1-11, ici p. 1-11 [transcription, traduction, commentaire] (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4223391m/f13)
  • BONSERGENT, Louis-Florimond (1873), "Étude sur une inscription funéraire de la fin du Xe siècle", Bulletin monumental, 39, p. 300-308, ici p. 300-308 [transcription, commentaire] (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k30640437/f363)
  • BROUILLET, Pierre-Amédée (1886), Notice des tableaux, dessins, gravures, statues, objets d'art anciens et modernes, curiosités, etc., composant les collections de la ville de Poitiers - Deuxième partie : Armes et armures, céramique, verrerie, émaux, ivoires, meubles, numismatique, épigraphie, objets divers, etc., Poitiers, ici p. 302 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62258046/f310)
  • DELAFOREST, Louis-Jean Bourquin (1893), Examen critique de deux interprétations de l'inscription de Gunter, gravée sur une des absidioles de l'église Saint-Hilaire de Poitiers, Rodez, ici h. t. [transcription, restitution, traduction, commentaire]
  • FAVREAU, Robert, MICHAUD, Jean (1974), Poitou-Charentes. 1. Ville de Poitiers, Paris (Corpus des inscriptions de la France médiévale, 1), ici p. 61-64 (https://www.persee.fr/doc/cifm_0000-0000_1974_cat_1_1)
  • FONTENEAU, Léonard, Dessins et notes manuscrites (Poitiers, Médiathèque François-Mittérand, Ms 547), ici f. 235 (https://patrimoine.mediatheques-grandpoitiers.fr/PATRIMOINE/digital-viewer/c-4057328)
  • LARGEAULT, Alfred (1894-1895), "Épitaphe de Gunter à Saint-Hilaire de Poitiers", Revue poitevine et saintongeaise, 11, p. 85-96, 116, 129-137, 225-241, 289-298 et 12, p. 11-23, 65-75, 170-183, 257-283, 321-329, ici 1894, n° 11, p. 85-96, 116, 129-137, 225-241, 289-298 et 1895, n° 12, p. 11-23, 65-75, 170-183, 257-283, 321-329 [transcription, commentaire] (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4223391m, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4223980w)
  • LEDAIN, Bélisaire (1884), "Catalogue du Musée de la Société des Antiquaires de l'Ouest", Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, 2e sér., t. VI (1883), p. 459-547, ici p. 502 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2722580/f505)
  • LEFÈVRE-PONTALIS, Eugène (1904), "Saint-Hilaire de Poitiers, étude archéologique", Congrès archéologique de France, LXXe session (Poitiers, 1903), p. 361-405, ici p. 403 ss. [mention] (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k356729/f544)
  • LONGUEMAR, Alphonse Le Touzé de (1857), "Essai historique sur l'église collégiale de Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers", Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, t. XXIII (1856), p. 1-382, ici p. 73 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2722970/f107)
  • LONGUEMAR, Alphonse Le Touzé de (1864), "Épigraphie du Haut Poitou", Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, t. XXVIII (1863), p. 43-399, ici p. 170 [fac-sim.] (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k272300j/f188)
  • MÉNARD, Jacques-Augustin (1874), "Compte rendu et chronique", Bulletins de la Société des antiquaires de l'Ouest, 13e sér. (1871-1873), p. 68-69, ici p. 69 [transcription, traduction, commentaire] (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65701p/f72)
  • THIBAUDEAU, Gabriel, Notes, recherches et explorations archéologiques sur le Poitou, son histoire et ses monuments (Poitiers, Médiathèque François-Mitterrand, Ms 586), ici t. II, p. 214 [mention]

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